Les épîtres, 1706‑1778
Épître Xxxv
1732 A MADEMOISELLE DE LUBERT, QU’ON APPELAIT MUSE ET GRÂCE
Le curé qui vous baptisaDu beau surnom de muse et grâce,Sur vous un peu prophétisa ;Il prévit que sur votre traceCroîtrait le laurier du ParnasseDont La Suze se couronna,Et le myrte qu'elle porta,Quand, d'amour suivant la déesse,Ses tendres feux elle mêlaAux froides ondes du permesse.Mais en un point il se trompa :Car jamais il ne devinaQu'étant si belle, elle seraCe que les sots appellent sage,Et qu'à vingt ans, et par delà,Muse et grâce conserveraLa tendre fleur du pucelage,Fleur délicate qui tombaToujours au printemps du bel âge,Et que le ciel fit pour cela.Quoi ! Vous en êtes encor là !Muse et grâce, que c'est dommage !Vous me répondez doucementQue les neuf bégueules savantes,Toujours chantant, toujours rimant,Toujours les yeux au firmament,Avec leurs têtes de pédantes,Avaient peu de tempérament,Et que leurs bouches éloquentesS'ouvraient pour brailler seulement,Et non pour mettre tendrementDeux lèvres fraîches et charmantesSur les lèvres appétissantesDe quelque vigoureux amant.Je veux croire chrétiennementCes histoires impertinentes.Mais, ma chère Lubert, en casQue ces filles sempiternellesConservent pour ces doux ébatsDes aversions si fidèles,Si ces déesses sont cruelles,Si jamais amant dans ses brasN'a froissé leurs gauches appas,Si les neuf muses sont pucelles,Les trois grâces ne le sont pas.Quittez donc votre faible excuse ;Vos jours languissent consumésDans l'abstinence qui les use :Un faux préjugé vous abuse.Chantez, et, s'il le faut, rimez ;Ayez tout l'esprit d'une muse :Mais, si vous êtes grâce, aimez.
Versification
- Forme
- Strophe unique
- Mètre
- Octosyllabes
- Mots à la rime
- a baptisa / prophétisa masculine, classiqueb grâce / trace / Parnasse féminine, classiquec couronna / porta masculine, classiqued déesse / permesse féminine, classiquee mêla / trompa masculine, classiquef devina / sera masculine, classiqueg sage / pucelage féminine, classiqueh delà / conservera masculine, classiquei tomba / cela / là masculine, classiquej âge / dommage féminine, classiquek doucement / rimant masculine, classiquel savantes / pédantes féminine, classiquem firmament / tempérament masculine, classiquen éloquentes / charmantes féminine, classiqueo seulement / tendrement masculine, classiquep appétissantes / impertinentes féminine, classiqueq amant / chrétiennement masculine, classiquer cas / ébats masculine, classiques sempiternelles / fidèles féminine, classiquet cruelles / pucelles féminine, classiqueu bras / appas / pas masculine, classiquev excuse / use féminine, classiquew consumés / rimez / aimez masculine, classiquex abuse / muse féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Oeuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1877· numérisation poesies.net· Sources