Odes, 1775
XII. A la reine de Hongrie marie-thérèse d’Autriche
1742
Fille de ces héros‖ que l'Empire eut pour maîtres,Digne du trône auguste‖ où l'on vit tes ancêtres,Toujours près de leur chute‖ et toujours affermis ;Princesse magnanime,Qui jouis de l'estimeDe tous tes ennemis :
Le Français généreux,‖ si fier et si traitable,Dont le goût pour la gloire‖ est le seul goût durable,Et qui vole en aveugle‖ où l'honneur le conduit,Inonde ton empire,Te combat et t'admire,T'adore et te poursuit.
Par des nœuds étonnants‖ l'altière Germanie,A l'empire français‖ malgré soi réunie,Fait de l'Europe entière‖ un objet de pitié ;Et leur longue querelleFut cent fois moins cruelleQue leur triste amitié.
Ainsi de l'équateur‖ et des antres de l'OurseLes vents impétueux‖ emportent dans leur courseDes nuages épais‖ l'un à l'autre opposés ;Et, tandis qu'ils s'unissent,Les foudres retentissentDe leurs flancs embrasés.
Quoi ! des rois bienfaisants‖ ordonnent ces ravages !Ils annoncent le calme,‖ ils forment les orages !Ils prétendent conduire‖ à la félicitéLes nations tremblantes,Par les routes sanglantesDe la calamité !
O vieillard vénérable,‖ à qui les destinéesOnt de l'heureux Nestor‖ accordé les années,Sage que rien n'alarme‖ et que rien n'éblouit,Veux-tu priver le mondeDe cette paix profondeDont ton âme jouit ?
Ah ! s'il pouvait encore,‖ au gré de sa prudence,Tenant également‖ le glaive et la balance,Fermer, par des ressorts‖ aux mortels inconnus,De sa main respectée,La porte ensanglantéeDu temple de Janus !
Si de l'or des Français‖ les sources égarées,Ne fertilisant plus‖ de lointaines contrées,Rapportaient l'abondance‖ au sein de nos remparts,Embellissaient nos villes,Arrosaient les asilesOù languissent les arts !
Beaux-Arts, enfants du Ciel,‖ de la Paix et des Grâces,Que Louis en triomphe‖ amena sur ses traces,Ranimez vos travaux,‖ si brillants autrefois,Vos mains découragées,Vos lyres négligées,Et vos tremblantes voix.
De l'immortalité‖ vos succès sont le gage.Tous ces traités rompus‖ et suivis du carnage,Ces triomphes d'un jour,‖ si vains, si célébrés,Tout passe, et tout retombeDans la nuit de la tombe ;Et vous seuls demeurez.
Versification
- Forme
- 10 sizains (sizains)
- Rimes
- 10(aabccb)
- Mètre
- Hexasyllabes et alexandrins (30 de 6, 30 de 12)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 10 sizains
- Mots à la rime
- a maîtres / ancêtres féminine, classiqueb affermis / ennemis masculine, classiquec magnanime / l'estime féminine, classiquea traitable / durable féminine, classiqueb conduit / poursuit masculine, classiquec empire / t'admire féminine, classiquea Germanie / réunie féminine, classiqueb pitié / amitié masculine, classiquec querelle / cruelle féminine, classiquea l'Ourse / course féminine, classiqueb opposés / embrasés masculine, classiquec s'unissent / retentissent féminine, classiquea ravages / orages féminine, classiqueb félicité / calamité masculine, classiquec tremblantes / sanglantes féminine, classiquea destinées / années féminine, classiqueb n'éblouit / jouit masculine, classiquec monde / profonde féminine, classiquea prudence / balance féminine, classiqueb inconnus / Janus masculine, classiquec respectée / ensanglantée féminine, classiquea égarées / contrées féminine, classiqueb remparts / arts masculine, classiquec villes / asiles féminine, classiquea Grâces / traces féminine, classiqueb autrefois / voix masculine, classiquec découragées / négligées féminine, classiquea gage / carnage féminine, classiqueb célébrés / demeurez masculine, classiquec retombe / tombe féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de Voltaire, Paris, Lefèvre, Libraire,, Firmin Didot frères, Libraires, 1833· numérisation poesies.net· Sources