Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Odes, 1775

XIV. La félicité des temps

OU L’ÉLOGE DE LA FRANCE

Voltaire· 11 dizains, octosyllabes, 110 vers

1746

Est-il encor des satiriquesQui, du présent toujours blessés,Dans leurs malins panégyriquesExaltent les siècles passés ;Qui, plus injustes que sévères,D'un crayon faux peignent leurs pèresDégénérant de leurs aïeux,Et leurs contemporains coupables,Suivis d'enfants plus condamnables,Menacés de pires neveux ?

Silence, imposture outrageante ;Déchirez-vous, voiles affreux ;Patrie auguste et florissante,Connais-tu des temps plus heureux ?De la cime des PyrénéesJusqu'à ces rives étonnéesOù la Mort vole avec l'Effroi,Montre ta gloire et ta puissance ;Mais pour mieux connaître la France,Qu'on la contemple dans son roi.

Quelquefois la grandeur trop fière,Sur son front portant les dédains,Foule aux pieds, dans sa marche altière,Les rampants et faibles humains.Les Prières humbles, tremblantes,Pâles, sans force, chancelantes,Baissant leurs yeux mouillés de pleurs,Abordent ce monstre farouche,Un indigne éloge à la bouche,Et la haine au fond de leurs cœurs.

Favori du dieu de la guerre,Héros dont l'éclat nous surprend,De tous les vainqueurs de la terreLe plus modeste est le plus grand.O modestie ! ô douce imageDe la belle âme du vrai sage !Plus noble que la majesté,Tu relèves le diadème,Tu décores la valeur même,Comme tu pares la beauté.

Nous l'avons vu ce roi terribleQui, sur des remparts foudroyés,Présentait l'olivier paisibleA ses ennemis effrayés :Tel qu'un dieu guidant les orages,D'une main portant les ravagesEt les tonnerres destructeurs,De l'autre versant la roséeSur la terre fertilisée,Couverte de fruits et de fleurs.

L'airain gronde au loin sur la Flandre,Il n'interrompt point nos loisirs,Et quand sa voix se fait entendre,C'est pour annoncer nos plaisirs ;Les muses en habit de fêtes,De lauriers couronnant leurs têtes,Éternisent ces heureux temps ;Et, sous le bonheur qui l'accable,La Critique est inconsolableDe ne plus voir de mécontents.

Venez, enfants des Charlemagnes,Paraissez, ombres des Valois ;Venez contempler ces campagnesQue vous désoliez autrefois :Vous verrez cent villes superbesAux lieux où d'inutiles herbesCouvraient la face des déserts,Et sortir d'une nuit profondeTous les arts, étonnant le mondeDe miracles toujours divers.

Au lieu des guerres intestinesDe quelques brigands forcenés,Qui se disputaient les ruinesDe leurs vassaux infortunés,Vous verrez un peuple paisible,Généreux, aimable, invincible ;Un prince au lieu de cent tyrans ;Le joug porté sans esclavage ;Et la concorde heureuse et sageDu roi, des peuples, et des grands.

Souvent un laboureur habile,Par des efforts industrieux,Sur un champ rebelle et stérileAttira les faveurs des cieux ;Sous ses mains la terre étonnéeSe vit de moissons couronnéeDans le sein de l'aridité ;Bientôt une race nouvelleDe ces champs préparés pour elleAugmenta la fécondité.

Ainsi Pyrrhus après AchilleFit encore admirer son nom ;Ainsi le vaillant Paul-ÉmileFut suivi du grand Scipion ;Virgile, au-dessus de Lucrèce,Aux lieux arrosés du PermesseS'éleva d'un vol immortel ;Et Michel-Ange vit paraître,Dans l'art que sa main fit renaître,Les prodiges de Raphaël.

Que des vertus héréditairesA jamais ornent ce séjour !Vous avez imité vos pères ;Qu'on vous imite à votre tour.Loin ce discours lâche et vulgaire,Que toujours l'homme dégénère,Que tout s'épuise et tout finit :La nature est inépuisable,Et le Travail infatigableEst un dieu qui la rajeunit.

Versification

Forme
11 dizains (dizains)
Rimes
11(ababccdeed)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
11 dizains
Mots à la rime
a satiriques / panégyriques féminine, classiqueb blessés / passés masculine, classiquec sévères / pères féminine, classiqued aïeux / neveux masculine, classiquee coupables / condamnables féminine, classiquea outrageante / florissante féminine, classiqueb affreux / heureux masculine, classiquec Pyrénées / étonnées féminine, classiqued l'Effroi / roi masculine, classiquee puissance / France féminine, classiquea fière / altière féminine, classiqueb dédains / humains masculine, classiquec tremblantes / chancelantes féminine, classiqued pleurs / cœurs masculine, classiquee farouche / bouche féminine, classiquea guerre / terre féminine, classiqueb surprend / grand masculine, classiquec image / sage féminine, classiqued majesté / beauté masculine, classiquee diadème / même féminine, classiquea terrible / paisible féminine, classiqueb foudroyés / effrayés masculine, classiquec orages / ravages féminine, classiqued destructeurs / fleurs masculine, classiquee rosée / fertilisée féminine, classiquea Flandre / entendre féminine, classiqueb loisirs / plaisirs masculine, classiquec fêtes / têtes féminine, classiqued temps / mécontents masculine, classiquee l'accable / inconsolable féminine, classiquea Charlemagnes / campagnes féminine, classiqueb Valois / autrefois masculine, classiquec superbes / herbes féminine, classiqued déserts / divers masculine, classiquee profonde / monde féminine, classiquea intestines / ruines féminine, classiqueb forcenés / infortunés masculine, classiquec paisible / invincible féminine, classiqued tyrans / grands masculine, classiquee esclavage / sage féminine, classiquea habile / stérile féminine, classiqueb industrieux / cieux masculine, classiquec étonnée / couronnée féminine, classiqued l'aridité / fécondité masculine, classiquee nouvelle / elle féminine, classiquea Achille / Paul-Émile féminine, classiqueb nom / Scipion masculine, classiquec Lucrèce / Permesse féminine, classiqued immortel / Raphaël masculine, classiquee paraître / renaître féminine, classiquea héréditaires / pères féminine, classiqueb séjour / tour masculine, classiquec vulgaire / dégénère féminine, classiqued finit / rajeunit masculine, classiquee inépuisable / infatigable féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

110 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de Voltaire, Paris, Lefèvre, Libraire,, Firmin Didot frères, Libraires, 1833· numérisation poesies.net· Sources