Odes, 1775
II. Sur le vœu de louis Xiii
1712
Du Roi des rois la voix puissanteS'est fait entendre dans ces lieux,L'or brille, la toile est vivante,Le marbre s'anime à mes yeux.Prêtresses de ce sanctuaire,La Paix, la Piété sincère,La Foi, souveraine des rois,Du Très Haut filles immortelles,Rassemblent en foule autour d'ellesLes Arts animés par leurs voix.
O Vierges, compagnes des justes,Je vois deux héros prosternésDépouiller leurs bandeaux augustesPar vos mains tant de fois ornés.Mais quelle puissance célesteImprime sur leur front modesteCette suprême majesté,Terrible et sacré caractèreDans qui l'œil étonné révèreLes traits de la Divinité ?
L'un voua ces fameux portiques ;Son fils vient de les élever.Oh ! que de projets héroïquesSeul il est digne d'achever !C'est lui, c'est ce sage intrépideQui triompha du sort perfideContre sa vertu conjuré :Et de la discorde étoufféeVint dresser un nouveau trophéeSur l'autel qu'il a consacré.
Telle autrefois la cité sainteVit le plus sage des mortelsDu Dieu qu'enferma son enceinteDresser les superbes autels ;Sa main, redoutable et chérie,Loin de sa paisible patrieÉcartait les troubles affreux ;Et son autorité tranquilleSur un peuple à lui seul docileFaisait luire des jours heureux.
O toi, cher à notre mémoire,Puisque Louis te doit le jour,Descends du pur sein de la gloire,Des bons rois éternel séjour ;Revois les rivages illustresOù ton fils depuis tant de lustresPorte ton sceptre dans ses mains ;Reconnais-le aux vertus suprêmesQui ceignent de cent diadèmesSon front respectable aux humains.
Viens : la Chicane insinuante,Le Duel armé par l'Affront,La Révolte pâle et sanglante,Ici ne lèvent plus le front.Tu vis leur cohorte effrénéeDe leur haleine empoisonnéeSouffler leur rage sur tes lis ;Leurs dents, leurs flèches, sont brisées,Et sur leurs têtes écraséesMarche ton invincible fils.
Viens sous cette voûte nouvelle,De l'art ouvrage précieux ;Là brûle, allumé par son zèle,L'encens que tu promis aux cieux.Offre au Dieu que son cœur révèreSes vœux ardents, sa foi sincère,Humble tribut de piété.Voilà les dons que tu demandes :Grand Dieu ! ce sont là les offrandesQue tu reçois dans ta bonté.
Les rois sont les vives imagesDu Dieu qu'ils doivent honorer.Tous lui consacrent des hommages ;Combien peu savent l'adorer !Dans une offrande fastueuseSouvent leur piété pompeuseAu ciel est un objet d'horreur ;Sur l'autel que l'Orgueil lui dresseJe vois une main vengeresseMontrer l'arrêt de sa fureur.
Heureux le roi que la couronneN'éblouit point de sa splendeur ;Qui, fidèle au Dieu qui la donne,Ose être humble dans sa grandeurQui, donnant aux rois des exemples,Au Seigneur élève des temples,Des asiles aux malheureux :Dont la clairvoyante justiceDémêle et confond l'artificeDe l'hypocrite ténébreux !
Assise avec lui sur le trône,La Sagesse est son ferme appui.Si la Fortune l'abandonne,Le Seigneur est toujours à lui :Ses vertus seront couronnéesD'une longue suite d'années,Trop courte encore à nos souhaits ;Et l'Abondance dans ses villesFera germer ses dons fertiles,Cueillis par les mains de la Paix.
Toi qui formas Louis‖ de tes mains salutaires,Pour augmenter ta gloire,‖ et pour combler nos vœux,Grand Dieu, qu'il soit encor‖ l'appui de nos neveux,Comme il fut celui de nos pères !
Versification
- Forme
- Dizains
- Rimes
- 9(ababccdeed) 1(ababccbddb) 1(abba)
- Mètre
- Octosyllabes surtout (101 de 8, 3 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 10 dizains, 1 quatrain
- Mots à la rime
- a puissante / vivante féminine, classiqueb lieux / yeux masculine, classiquec sanctuaire / sincère féminine, classiqued rois / voix masculine, classiquee immortelles / d'elles féminine, classiquea justes / augustes féminine, classiqueb prosternés / ornés masculine, classiquec céleste / modeste féminine, classiqued majesté / Divinité masculine, classiquee caractère / révère féminine, classiquea portiques / héroïques féminine, classiqueb élever / d'achever masculine, classiquec intrépide / perfide féminine, classiqued conjuré / consacré masculine, classiquee étouffée / trophée féminine, classiquea sainte / enceinte féminine, classiqueb mortels / autels masculine, classiquec chérie / patrie féminine, classiqued affreux / heureux masculine, classiquee tranquille / docile féminine, classiquea mémoire / gloire féminine, classiqueb jour / séjour masculine, classiquec illustres / lustres féminine, classiqued mains / humains masculine, classiquee suprêmes / diadèmes féminine, classiquea insinuante / sanglante féminine, classiqueb l'Affront / front masculine, classiquec effrénée / empoisonnée féminine, classiqued lis / fils masculine, classiquee brisées / écrasées féminine, classiquea nouvelle / zèle féminine, classiqueb précieux / cieux masculine, classiquec révère / sincère féminine, classiqued piété / bonté masculine, classiquee demandes / offrandes féminine, classiquea images / hommages féminine, classiqueb honorer / l'adorer masculine, classiquec fastueuse / pompeuse féminine, classiqued d'horreur / fureur masculine, classiquee dresse / vengeresse féminine, classiquea couronne / donne féminine, classiqueb splendeur / grandeur masculine, classiquec exemples / temples féminine, classiqued malheureux / ténébreux masculine, classiquee justice / l'artifice féminine, classiquea trône / l'abandonne féminine, classiqueb appui / lui masculine, équivalentec couronnées / d'années féminine, classiqued souhaits / Paix masculine, classiquee villes / fertiles féminine, classiquea salutaires / pères féminine, classiqueb vœux / neveux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
104 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de Voltaire, Paris, Lefèvre, Libraire,, Firmin Didot frères, Libraires, 1833· numérisation poesies.net· Sources