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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Odes, 1775

III. Sur les malheurs du temps

Voltaire· 16 sizains, alexandrins et hexasyllabes, 96 vers

1713

Aux maux les plus affreux‖ le ciel nous abandonne :Le désespoir, la mort,‖ la faim nous environne ;Et les dieux, contre nous‖ soulevés tant de fois,Équitables vengeurs‖ des crimes de la terre,Ont frappé du tonnerreLes peuples et les rois.

Des plaines de Tortose‖ aux bords du BorysthèneMars a conduit son char,‖ attelé par la Haine :Les vents contagieux‖ ont volé sur ses pas ;Et, soufflant de la mort‖ les semences funestes,Ont dévoré les restesÉchappés aux combats.

D'un monarque puissant‖ la race fortunéeRemplissait de son nom‖ l'Europe consternée :Je n'ai fait que passer,‖ ils étaient disparus ;Et le peuple abattu,‖ que ce malheur étonne,Les cherche auprès du trône,Et ne les trouve plus.

Peuples, reconnaissez‖ la main qui vous accable ;Ce n'est point du destin‖ l'arrêt irrévocable,C'est le courroux des dieux,‖ mais facile à calmer :Méritez d'être heureux,‖ osez quitter le vice ;C'est par ce sacrificeQu'on peut le désarmer.

Rome, en sages héros‖ autrefois si fertile ;Rome, jadis des rois‖ la terreur ou l'asile ;Rome fut vertueuse‖ et dompta l'univers :Mais l'Orgueil et le Luxe,‖ enfants de la Victoire,Du comble de la gloireL'ont mise dans les fers.

Quoi ! verra-t-on toujours‖ de ces tyrans serviles,Oppresseurs insolents‖ des veuves, des pupilles,Élever des palais‖ dans nos champs désolés ?Verra-t-on cimenter‖ leurs portiques durablesDu sang des misérablesDevant eux immolés ?

Élevés dans le sein‖ d'une infâme avarice,Leurs enfants ont sucé‖ le lait de l'Injustice,Et dans les tribunaux‖ vont juger les humains :Malheur à qui, fondé‖ sur la seule innocence,A mis son espéranceEn leurs indignes mains !

Des nobles cependant‖ l'ambition captiveS'endort entre les bras‖ de la Mollesse oisive,Et ne porte aux combats‖ que des corps languissants.Cédez, abandonnez‖ à des mains plus vaillantesCes piques trop pesantesPour vos bras impuissants.

Voyez cette beauté‖ sous les yeux de sa mère ;Elle apprend en naissant‖ l'art dangereux de plaire,Et d'exciter en nous‖ de funestes penchants ;Son enfance prévient‖ le temps d'être coupable :Le Vice trop aimableInstruit ses premiers ans.

Bientôt, bravant les yeux‖ de l'époux qu'elle outrage,Elle abandonne aux mains‖ d'un courtisan volageDe ses trompeurs appas‖ le charme empoisonneur :Que dis-je ! cet époux,‖ à qui l'hymen la lie,Trafiquant l'infamie,La livre au déshonneur.

Ainsi vous outragez‖ les dieux et la nature !Oh ! que ce n'était pas‖ de cette source impureQu'on vit naître les Francs,‖ des Scythes successeurs,Qui, du char d'Attila‖ détachant la Fortune,De la cause communeFurent les défenseurs !

Le citoyen alors‖ savait porter les armes ;Sa fidèle moitié,‖ qui négligeait ses charmes,Pour son retour heureux‖ préparait des lauriers,Recevait de ses mains‖ sa cuirasse sanglante,Et sa hache fumanteDu trépas des guerriers.

Au travail endurci‖ leur superbe courageNe prodigua jamais‖ un imbécile hommageA de vaines beautés,‖ à leurs yeux sans appas ;Et d'un sexe timide‖ et né pour la mollesseIls plaignaient la faiblesse,Et ne l'adoraient pas.

De ces sauvages temps‖ l'héroïque rudesseLeur dérobait encor‖ la délicate adresseD'excuser leurs forfaits‖ par un subtil détour ;Jamais en n'entendit‖ leur bouche peu sincèreDonner à l'adultèreLe tendre nom d'amour.

Mais insensiblement‖ l'adroite Politesse,Des cœurs efféminés‖ souveraine maîtresse,Corrompit de nos mœurs‖ l'austère pureté,Et, du subtil Mensonge‖ empruntant l'artifice,Bientôt à l'injusticeDonna l'air d'équité.

Le Luxe à ses côtés‖ marche avec arrogance ;L'or qui naît sous ses pas‖ s'écoule en sa présence :Le fol Orgueil le suit :‖ compagnon de l'Erreur,Il sape des États‖ la grandeur souveraine,De leur chute certaineBrillant avant-coureur.

Versification

Forme
16 sizains (sizains)
Rimes
16(aabccb)
Mètre
Alexandrins et hexasyllabes (64 de 12, 32 de 6)· profil 6, 6+6
Strophes
16 sizains
Mots à la rime
a abandonne / environne féminine, classiqueb fois / rois masculine, classiquec terre / tonnerre féminine, classiquea Borysthène / Haine féminine, classiqueb pas / combats masculine, classiquec funestes / restes féminine, classiquea fortunée / consternée féminine, classiqueb disparus / plus masculine, classiquec étonne / trône féminine, classiquea accable / irrévocable féminine, équivalenteb calmer / désarmer masculine, classiquec vice / sacrifice féminine, classiquea fertile / l'asile féminine, classiqueb l'univers / fers masculine, classiquec Victoire / gloire féminine, classiquea serviles / pupilles féminine, classiqueb désolés / immolés masculine, classiquec durables / misérables féminine, classiquea avarice / l'Injustice féminine, classiqueb humains / mains masculine, classiquec innocence / espérance féminine, classiquea captive / oisive féminine, classiqueb languissants / impuissants masculine, classiquec vaillantes / pesantes féminine, classiquea mère / plaire féminine, classiqueb penchants / ans masculine, classiquec coupable / aimable féminine, classiquea outrage / volage féminine, classiqueb empoisonneur / déshonneur masculine, classiquec lie / l'infamie féminine, classiquea nature / impure féminine, classiqueb successeurs / défenseurs masculine, classiquec Fortune / commune féminine, classiquea armes / charmes féminine, classiqueb lauriers / guerriers masculine, classiquec sanglante / fumante féminine, classiquea courage / hommage féminine, classiqueb appas / pas masculine, classiquec mollesse / faiblesse féminine, classiquea rudesse / adresse féminine, classiqueb détour / d'amour masculine, classiquec sincère / l'adultère féminine, classiquea Politesse / maîtresse féminine, classiqueb pureté / d'équité masculine, classiquec l'artifice / l'injustice féminine, classiquea arrogance / présence féminine, classiqueb l'Erreur / avant-coureur masculine, classiquec souveraine / certaine féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

96 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvre de Voltaire, Paris, Lefèvre, Libraire,, Firmin Didot frères, Libraires, 1833· numérisation poesies.net· Sources