Berry, oûter et dôter ; génev. se dôter, s'ôter : dôtez-vous d'ici, mes enfants ; wallon, woisté ; provenç. ostar ; limousin, doustà. Les formes osler, ostar conduisent facilement au latin obstare, faire obstacle ; mais comment passer de faire obstacle à ôter ? Du Cange l'a essayé : il a réuni quelques passages de la basse latinité : viam obstare, barrer la voie, picturam ou picturae obstare, empêcher de voir un tableau, de via ostatus, ôté, empêché du chemin ; de sorte que, dans la basse latinité, obstare aurait signifié d'abord empêcher la vue, la jouissance de quelque chose, et finalement ôter. Diez n'est pas satisfait de cette étymologie ; il objecte que la leçon viam obstare n'est pas sûre, et qu'au lieu de si quis baroni viam obstaverit, d'autres textes donnent : si quis baronem de via sua ostaverit ; il propose donc une autre étymologie, à savoir le latin haustare, fréquentatif de haurire : haurire signifie d'ordinaire puiser ; mais on trouve haurire arbusta, avec le sens d'enlever les broussailles. On a fait diverses objections : d'abord on a dit que haustare, déjà indiqué d'ailleurs par Ménage, n'existait pas dans la latinité ; mais cette objection doit être sinon écartée, du moins notablement diminuée ; car M. Wagener, de Gand, a trouvé dans Festus la glose exhaustant, efferunt. De là, soutenant l'opinion de Diez, il déclare que l'existence de la forme haustare est suffisamment garantie par la glose de Festus, et que, haustare ayant très probablement le même sens que haurire, lequel peut dans un grand nombre de cas être expliqué par tollere, il y a une analogie incontestable entre la signification de haustare et celle de oster. La trouvaille de exhaustare et les raisons de M. Wagener ont décidé pour haustare M. Scheler, qui d'abord, repoussant obstare et haustare pour les difficultés qui leur sont propres, avait proposé abstare, auquel il a renoncé. Pourtant toutes les objections ne sont pas levées. On a dit que, si haustare était le radical, on trouverait l'orthographe hoster ; cette orthographe se trouve en effet, mais dans des textes très mal autorisés ; car la copie du livre des Machabées est très incorrecte, et, à côté de hoster, on y trouve haage, haidier, haye [aide], qui sont certainement fautifs. Il est bien entendu qu'en cette question il n'y a que les textes très anciens qui aient de la valeur. Enfin on a dit que haustare aurait donné parfois l'orthographe auster ; or celle-là ne se trouve pas dans le français. Maintenant, résumant la discussion, on comprend que, si haustare venant de haurire a pu prendre le sens d'ôter, la même signification a pu aussi être attribuée à obstare devenu actif et signifiant proprement empêcher. De ce côté-là il y a parité, c'est-à-dire qu'il y a dans l'un et l'autre mot un détour d'acception. Mais, quant à l'orthographe, la parité cesse : en effet obstare donne régulièrement en français oster, en provençal ostar ; mais haustare, qui donnera fort bien en français oster, ne donnera en provençal que austar. Sans doute, si l'identité de sens était parfaite entre le mot latin et le mot provençal, on serait peut-être autorisé à passer par-dessus la difficulté. Mais tel n'est pas le cas ; et obstare a l'avantage sur haustare. Les formes du patois dôter, doustá représentent de-oster ; Scheler, dans un travail postérieur à son Dictionnaire d'étymologie, y voit une combinaison romane de de et oster, sans qu'il faille y chercher ni de-obstare, ni de-haustare, comme démener par rapport à mener, déchoir par rapport à choir, défaillir par rapport à faillir, tous mots où la particule n'implique nullement le contraire du primitif. On remarquera aussi que le verbe oster n'appartient qu'à la langue d'oïl et à la langue d'oc, et qu'il est étranger au reste du domaine roman.
Étymologie de ôter
Voir aussi : oter
Origine du mot ôter
Probablement du latin obstare (« effacer, empêcher »), à comparer avec le wallon oister.
D'après le Wiktionnaire, CC BY-SA.
L'étymologie de ôter selon le Littré
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 : l'étymologie telle que la philologie de son temps l'établissait.
Le mot ôter d'après le Littré
v. a. Tirer une chose de la place où elle est. Il a ôté tous les meubles de la maison. Ôter le couvert. Ôter la nappe. Lire l'article