1affairé, ée adj. (a-fe-ré, rée)
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Qui a beaucoup d'affaires. Toujours affairé. Ayant l'air affairé.
Elle paraissait fort affairée
Hamilton, Gramm. 7
Supplément
AFFAIRÉ. - Ajoutez : Affairé de, occupé à, qui fait une affaire de....
Qui a beaucoup d'affaires. Toujours affairé. Ayant l'air affairé.
Elle paraissait fort affairéeHamilton, Gramm. 7
AFFAIRÉ. - Ajoutez : Affairé de, occupé à, qui fait une affaire de....
1Ce qui est l'objet de quelque travail ; occupation, soin, devoir, fonction. Une petite affaire. Une affaire importante. N'avoir pas d'affaire. C'était l'affaire d'un jour. Charger le fusil et tuer la bête fut l'affaire d'un instant. Je ne me suis mêlé d'aucune affaire. Être accablé d'affaires. C'est mon affaire ; vous n'avez rien à y voir. L'étude est son unique affaire. Ils ont pour unique affaire de toucher leurs rentes. C'est l'affaire d'un bon juge de.... Il est tout à son affaire.
Vie douce et paisible, sans bruit, sans embarras d'affaires, sans inquiétude, sans soinBourdaloue, Pensées, t. I, p. 348
Le czar en partant de Paris avait d'autres affaires qu'à vérifier des passages de saint ÉpiphaneVoltaire, Hist. de Russ. II, 9
Je suis en affaires avec l'abbéMme de Sévigné, 228
J'ai quelque affaire Là dedans avec certain frèreLa Fontaine, Cord.
Faire son affaire d'une chose, s'en charger, en répondre. J'avancerai les frais et j'en fais mon affaire.
As-tu fait ton affaire principale de sa justice ?Bossuet, Nécess. I
C'est là que je mets toute mon affaireBossuet, 5, Vêtur. 1
Quelle ne sera pas la lenteur des progrès de la sagesse dont si peu d'hommes se font une affaire ?Diderot, Essai sur Claude.
C'est mon affaire que la conversionPascal, Myst. 2
C'est l'affaire des dieux, ce n'est pas la nôtreDiderot, Princ. de polit. 75
Ce qu'on y voit de plus pompeux n'est l'affaire que d'une scèneMassillon, Drap.
Former des citoyens n'est pas l'affaire d'un jourJ.-J. Rousseau, Écon. 2
Cliton n'a jamais eu, toute sa vie, que deux affaires, qui est de dîner le matin et de souper le soirLa Bruyère, 11
Nous devons travailler à nous rendre très dignes de quelque emploi : le reste ne nous regarde point, c'est l'affaire des autresLa Bruyère, 2
Faire son affaire d'une chose, savoir la mettre à profit.
2Tout ce qui est l'objet d'un intérêt. Abandonner un ami dans une affaire qui intéresse l'honneur. Il faut tenter l'affaire.
On parle du salut comme d'une affaire souverainement importante, et on a raison d'en parler de la sorte ; mais c'est trop peu dire : il faut ajouter que c'est une affaire absolument nécessaireBourdaloue, Pensées, t. I, p. 9
Tantôt son père Au sortir du conseil doit proposer l'affaireCorneille, Cid, I, 2
Tout le monde craint d'avoir quelque affaire avec luiFénelon, Tél. III
Affaire d'honneur, ou absolument, affaire, un duel, un combat singulier. Il a une affaire d'honneur. Une première affaire, un premier duel.
J'ai appris qu'il avait eu quelques affaires en Italie et qu'il s'y était battu plusieurs foisJ.-J. Rousseau, Hél. I, 45
Affaire d'amour, un commerce de galanterie.
Affaires d'esprit, les matières de goût. Il veut qu'on le consulte sur toutes les affaires d'esprit.
3C'est une affaire de, une question de....
Elle était de sa nature une affaire de religion chez les païensFontenelle, Oracles, chap. I, Introd.
La foi de beaucoup d'hommes est une affaire de géographieJ.-J. Rousseau, Ém. IV
C'est une affaire de soumission et d'humilitéBossuet, Lett. 53
4C'est une affaire, la chose est difficile. Ce n'est pas une affaire, la chose n'est pas importante.
On se persuade que, comme ce n'est pas une affaire d'en [de certains défauts] être coupable, il n'y a pas aussi grand mal d'en être censeurMassillon, Car. Médis.
Ce ne serait pas une affaireMme de Sévigné, 68
On faisait une grande affaire de rienMme de Sévigné, 395
Par le chaud, c'était une affaireMme de Sévigné, 287
D'en avoir toujours les preuves présentes, c'est trop d'affairePascal, Moyens, 3
Il faudrait bien des affaires pour leur faire entendre [aux Tartares] ce que c'est qu'un financier parmi nousMontesquieu, Esp. XXX, 13
5Ce qu'il faut, ce qui convient. Ceci est bien mon affaire. La place qu'il a obtenue fait parfaitement son affaire.
Mais le moindre grain de mil Serait bien mieux mon affaireLa Fontaine, Fab. I, 20
C'est moi qui ferai votre affaire mieux que personneMolière, Préc. Rid. 10
Le chaud fera mon affaire [me fera du bien]Mme de Sévigné, 284
Je voudrais bien que vous pussiez y faire l'affaire du roi et la vôtreMme de Sévigné, 102
6Faire son affaire [à soi-même], faire son affaire [à un autre]. Faire son affaire [à soi-même], c'est se mettre à l'abri, s'arranger, réussir. Il fait tout doucement son affaire. Il songe à se retirer à la campagne, son affaire est bientôt faite.
Quand on connaît bien les péchés mortels, on tâche de ne pas commettre de ceux-là, et l'on fait son affaireMontesquieu, Lettr. pers. 57
Faire son affaire [à un autre], c'est le châtier, lui donner une leçon, même le tuer. Son affaire est faite, il a été châtié, puni, tué. L'espion fut découvert, et on lui fit son affaire. S'il le rencontre, il lui fera son affaire.
Le chat fut trois jours sans manger et sans pouvoir remuer ni pied ni patte ; mais il est bien heureux qu'il n'y a point de chats médecins ; car ses affaires étaient faites, et ils n'auraient pas manqué de le purger et de le saignerMolière, l'Amour méd. II, 1
7Avoir son affaire, en bonne part, avoir ce qui convient ; en mauvaise part, recevoir correction, châtiment, leçon.
8Point d'affaire, signifie en aucune façon. Point d'affaire, signifie encore c'est en vain.
Point d'affaire, marquisMolière, Fâch. III, 4
9S. f. plur. Les affaires de quelqu'un, ce qui l'intéresse particulièrement, ce qui constitue sa situation. Il sent que l'âge vient, et il songe à mettre ordre à ses affaires. Être bien dans ses affaires. Ceux qui sont mal dans leurs affaires.
Si je savais chanter, J'en ferais bien mieux mes affairesMolière, la Princ. d'Él. II, Interm.
Enfin j'ai fait mes affaires, Je suis procureur du roiBÉRANGER, Ventru.
Mais que répondrons-nous ? - J'ai d'autres affaires présentement, dit un mondain. - Et quelles sont-elles, ces autres affaires ? - L'affaire de mon établissement, ajoute-t-il, l'affaire de mon agrandissement, les affaires de ma maison, en un mot tout ce qui regarde ma fortune temporelleBourdaloue, Pensées, t. I, p. 105
10Transaction, marché. J'ai fait affaire avec lui. Il me vend sa maison, l'affaire est conclue. En achetant cette terre, il a fait une mauvaise affaire, une bonne affaire. Ce mariage est pour lui une bonne affaire.
L'adjudication est remise à quinzaine ; mais je crois que je ferai affaire avant ce tempsPaul-Louis Courier, Lettr. II, 123
Si elle le peut épouser, elle fera une très bonne affaireMme de Sévigné, 21
J'étais lié, dit saint Augustin, par ma propre volonté, plus dure que le fer, et, sans un dernier effort de la vertu d'en haut, je n'aurais jamais conclu mon affaire [sa conversion] que je désirais, mais qui devait coûter si cher à mon cœurBourdaloue, Pensées, t. I, p. 282
11Absolument, les affaires, le commerce, l'industrie, la banque. Il est dans les affaires. Il a quitté les affaires. Les grandes affaires. Les hommes d'affaires, les gens d'affaires.
L'esprit même d'affaires ne s'était pas refusé à luiFontenelle, Malézieu.
Au sing. Organiser, lancer une affaire.
En mauvaise part, faiseur d'affaires.
12S. f. pl. Tout ce qui concerne la fortune et les intérêts de l'État. Le mouvement des affaires. Les affaires d'État. Ce ministre est depuis longtemps aux affaires. Les affaires publiques sont dans une telle situation.... Loisirs que laissent les affaires. La vieillesse éloigne des affaires.
Ceux qui sont à la tête des affairesMassillon, Conv.
Il faisait négligemment les affaires de l'empireBossuet, Hist. I, 11
La tentation, dans les grandes charges, dans les grandes affaires, c'est qu'on les trouve si importantes, qu'on y donne tout, et que l'affaire du salut s'oublieBossuet, Pensées détachées, 11
Il parle bas dans la conversation, et il articule mal, libre néanmoins sur les affaires publiquesLa Bruyère, 6
Personne presque n'a assez de fonds pour remplir le vide du temps sans ce que le vulgaire appelle des affairesLa Bruyère, 2
Que faut-il à un homme d'affaires, ou que ne lui faut-il pas pour vaquer dignement et en chrétien soit au service du prince dont il est le ministre, soit au service du public dont il a les intérêts à ménager ? Quelle étendue de soins....Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 401
Affaires spirituelles, affaires qui concernent la religion ; affaires temporelles, celles qui concernent le monde.
13Embarras, peines, querelles. On lui a suscité mille affaires désagréables et fâcheuses.
Voici bien des affairesMolière, l'Étour. I, 2
Cette réserve pourrait m'attirer des affairesJ.-J. Rousseau, Ém. IV
De peur de me faire des affaires avec le princeHamilton, Gram. 7
Je crains que cela ne lui fasse une affaireMme de Sévigné, 322
Tout le monde veut que j'aie des affaires à RomeBossuet, Lettr. rel. 83
Ce n'est point du tout mon intention de vous faire des affairesBossuet, Lettr. abb. 73
Il composa un livre fort curieux, mais qui lui fit quelques affairesVoltaire, Microm. I
Si quelqu'un eût osé ouvrir la bouche.... on lui eût fait des affaires dont il ne se fût jamais tiréFontenelle, Oracles, ch. 13
Rome, qui avait toujours usurpé, avait continuellement de grandes affairesMontesquieu, Esp. XI, 17
14Se tirer d'affaire, se tirer d'embarras, sortir d'affaire, sortir d'embarras.
Les sueurs me tireront d'affaire [me guériront]Mme de Sévigné, 245
Il faut remercier Dieu du bonheur qui vous tira d'affaireMme de Sévigné, 78
Il est hors d'affaire [il est guéri]Mme de Sévigné, 84
Une mauvaise affaire, une affaire où l'honneur, la fortune, la vie sont engagés ; une bonne affaire, une affaire où il y a beaucoup d'argent à gagner.
15Procès, contestation, démêlé. La plus petite affaire d'argent. Suivre une affaire. Affaire civile. Affaire criminelle. Plaider une affaire. Instruire une affaire. Les affaires du barreau.
Il plaide depuis quarante ans, plus proche de sortir de la vie que de sortir d'affairesLa Bruyère, 11
16Dans un sens très vague, chose, circonstance, conjoncture.
17En t. de guerre, combat. L'affaire fut courte, mais chaude. On perdit beaucoup de monde dans cette malheureuse affaire. L'affaire avait été fort mal engagée.
Il l'en remercia quand l'affaire fut finieHamilton, Gramm. 5
18Avoir affaire de, avoir besoin de.
Vous n'avez pas trop affaire de ce détailMme de Sévigné, 87
Si Pluton a affaire d'un mort, il ne sait plus où le prendreFontenelle, Jugement de Pluton.
Qu'avons-nous affaire du monde et de ses emplois ?Bossuet, Lett. 27
Qu'avions-nous affaire de son amour naturel ?Bossuet, Relat.
Le mohatra est quand un homme qui a affaire de vingt pistoles, achète d'un marchand des étoffes pour trente pistoles, payables dans un an, et les lui revend à l'heure même pour vingt pistoles comptantPascal, Prov. 8
Qu'avons-nous affaire que leur assurance dépende de là ?Pascal, ib. 19
Qu'ai-je affaire, disait-il aux Juifs, des fruits de la terre que vous apportez dans mon temple ?Bourdaloue, Pens. t. II, p. 413
Dieu veut qu'il y ait entre nous un rapport naturel et continuel, que nous ayons affaire les uns des autres...Bourdaloue, ib. p. 226
Qu'ai-je affaire d'aller me tuer à travailler pour des gens dont....Montesquieu, Lett. pers. 11
Qu'avez-vous affaire de décrier le luxe ?Fléchier, Serm. II, 220
Qu'avons-nous affaire d'un nouvel auteur qui se pare des imaginations des Grecs, et donne au monde leurs lumières pour les siennes ?ST-ÉVREM., t. IV, p 2
Ironiquement.
J'ai bien affaire de lui, je me soucie bien de lui ! J'ai bien affaire de tout cela ! Leur savoir à la France est beaucoup nécessaire, Et des livres qu'ils font la cour a bien affaire !Molière, F. sav. IV, 3
J'avais bien affaire qu'il attaquât ma réputation !Fontenelle, Didon, Stratonice.
Il avait bien affaire de s'aller....Hamilton, Gramm. 9
19Avoir affaire à quelqu'un, avoir à lui parler, à débattre avec lui.
L'homme à qui nous avons affaire n'est pas des plus fins de ce mondeMolière, l'Am. méd. III, 3
Il n'a pas affaire à un sot, et vous savez des rubriques qu'il ne sait pasMolière, Méd. m. lui, III, 7
Il vaudrait autant avoir affaire à des gens qui....Pascal, Prov. 7
Ayant affaire à des personnes de toutes sortesPascal, ib. 5
Ils ont affaire à un homme bien vigilantMme de Sévigné, 562
Saint Cyrille avait affaire à un de ces dialecticiens....Bossuet, Conc.
On ne sait si on a affaire à un chrétien ou à un païenBossuet, Avert. 1
Par menace. Si vous tenez ce langage, vous aurez affaire à lui, il vous cherchera querelle, il vous en fera repentir.
Quiconque rira aura affaire à moiMolière, Pourc. IV, 1
20Avoir affaire avec quelqu'un, avoir à traiter d'affaires avec lui. J'ai affaire ce matin avec le ministre.
Ceux avec qui ils ont affaire tous les joursFénelon, Tél. XXIII
Absolument.
Il a affaire, il ne peut quitterBossuet, Princ. de P. 2
21En termes de fauconnerie, un oiseau est de bonne affaire, quand il est bien affaité, bien dressé pour la volerie.
Par extension.
22En parlant d'une femme, avoir ses affaires, avoir ses règles.
23Faire ses affaires, aller à ses affaires, satisfaire ses besoins naturels. Autrefois, chez le roi, on appelait chaise d'affaires la chaise percée, et brevet d'affaires, le privilége d'entrer dans le lieu où le roi est sur sa chaise d'affaires. On sait que le roi Henri III fut blessé mortellement, par Jacques Clément, étant sur sa chaise d'affaires.
24Proverbes.
Avoir affaire à la veuve et aux héritiers
, c'est-à-dire avoir affaire à forte partie.
Ceux qui n'ont point d'affaires, s'en font
, c'est-à-dire l'oisiveté fatigue, et on se fait des occupations.
À demain les affaires
, c'est-à-dire ne songeons aujourd'hui qu'à nous divertir.
Chacun sait ses affaires
, se dit quand on ne veut pas entrer dans les motifs de la conduite de quelqu'un.
Il a plus d'affaires que le légat
, c'est-à-dire il est très occupé.
25Agent d'affaires, voy. AGENT, n° 2.
26Populairement. Avoir son affaire, être tué, et aussi être ivre mort.
Dans la locution avoir affaire de, pour avoir besoin, quelques-uns écrivent à faire en deux mots. Cela ne peut être considéré comme une faute ; car à faire ici convient mieux que affaire ; mais l'usage est d'écrire affaire en un seul mot dans cet emploi.
AVOIR AFFAIRE à QUELQU'UN, AVOIR AFFAIRE AVEC QUELQU'UN, se trouver en rapport avec lui. Les auteurs de synonymes disent que à marque supériorité, autorité, pouvoir de celui à qui on a affaire, et dépendance, infériorité, besoin de celui qui a affaire. Cette distinction est sans fondement ; la seule réelle, c'est que à est plus général : on a affaire à quelqu'un pour toutes sortes de choses ; on a affaire avec quelqu'un pour traiter avec lui, et en raison d'une certaine réciprocité qui n'est pas impliquée par à.
Bourguign. aifaire ; wall. afé ; provenç. afar, afaire ; anc. catal. afaire ; ital. affare ; de à et faire. Ce mot était masculin dans l'ancien français, dans le provençal ; il l'est encore dans l'italien. Le premier exemple du féminin est, ici, du XVe siècle. Ce mot était nécessairement, à l'origine, du masculin, puisque c'est un infinitif, et que tous les infinitifs pris substantivement sont de ce genre. Ce qui aura probablement induit à le faire féminin, c'est sa terminaison féminine. Dans le XVIIIe siècle la chancellerie avait conservé l'ancien genre, et sur les dépêches du roi on mettait : Pour les exprès affaires du roi, et non expresses. Chapelain, voulant se rendre raison du genre masculin dans l'ancien usage, dit que c'est que nous l'avons tiré de l'italien affare qui est de ce genre : c'est une erreur ; affaire ne vient pas de l'italien affare. Il est, dès le XIIe siècle, dans les textes français, à une époque où le français n'empruntait rien à l'italien.
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander