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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

aisé dans le Littré

3 articles· 64 citations· rimes· synonymes· étymologie· traductions· prononciation (7)

1aisé, ée adj. (è-zé, zée)

  1. 1Qui se fait ou qui est sans peine. Tout deviendra aisé. Il est aisé de prouver.

    • Il était aisé à la reine de faire sentir une grandeur qui lui était naturelle Bossuet, Reine d'Angl.
    • Il était encore plus aisé au roi de lever des soldats que de les armer Bossuet, ib.
    • Ce beau feu dont pour vous ce cœur est embrasé,Trouvera tout possible et l'impossible aisé Rotrou, Vencesl. V, 2
    • Il n'est pas bien aisé de m'obtenir de moi Corneille, Rodog. III, 4
    • Que vous êtes heureuse ! et qu'un peu de soupirsFait un aisé remède à tous vos déplaisirs ! Corneille, Poly. II, 2
    • Sans doute il est aisé de s'en laisser troubler Voltaire, Zaïre, IV, 7
    • Il est aisé de juger à quels mouvements et à quelles contentions tout cela engage Bourdaloue, Pensées, t. I, p. 259
    • De grands pécheurs ouvrent les yeux, écoutent les remontrances qu'on leur fait, reviennent de leurs égarements ; et plus même ils sont grands pécheurs, plus il est quelquefois aisé de les émouvoir Bourdaloue, ib. p. 208
    • Sous ce terme nous comprenons tout ce qu'il y a dans le monde qui peut éblouir les yeux, charmer les sens, piquer la curiosité, nourrir l'amour-propre, rendre la vie aisée, commode, agréable, molle et délicieuse Bourdaloue, ib. p. 224
    • Votre profession et tous les engagements, bien loin d'être encore pour vous un fardeau aussi pesant qu'ils l'étaient ou qu'ils vous le semblaient, vous deviendront aisés, et vous porterez le joug du Seigneur avec une sainte allégresse Bourdaloue, ib. t. II, p. 396
    • Il y a des places, des rangs, des professions, où la réputation est beaucoup plus précieuse, plus délicate, plus aisée à blesser que dans les autres Bourdaloue, ib. t. III, p. 164
    • Gloire aisée Racine, Phèd. II, 1
    • Vous avez trouvé toutes choses si aisées qu'elles se pouvaient quasi faire d'elles-mêmes Guez de Balzac, Liv. IV, lett. 18
    • Cela est aisé à dire, se dit quand quelqu'un donne un conseil difficile à pratiquer et qu'il n'est pas obligé de suivre.

  2. 2Où l'on est à l'aise. Route aisée. Une voiture aisée. Un habit aisé. Des souliers aisés, larges.

  3. 3Fig. Libre, dégagé. Une taille aisée. Un air aisé. Mouvements aisés.

  4. 4En termes de peinture, pinceau aisé, celui dont la touche est franche, libre, facile. En gravure, pointe aisée, celle qui est nette et coulante.

  5. 5Peu sévère, relâché. Une dévotion aisée. Une morale aisée.

  6. 6Facile, agréable. Des vers naturels et aisés. Manières aisées.

  7. 7Qui jouit de quelque fortune. C'est un homme aisé. Cette famille est aisée.

  8. 8Familièrement. Cet homme n'est pas aisé, il est d'une humeur, d'un caractère difficile.

    • Cet homme est aisé à vivre, il est d'un commerce facile et doux.

      • Les conditions les plus aisées à vivre selon le monde sont les plus difficiles à vivre selon Dieu Pascal, P. jés. 19
  9. 9S. m. plur. Les gens à leur aise, qui ont quelque fortune. La taxe des aisés. Le rôle des aisés. Vieux en ce sens.

    • Aisé suit d'habitude son substantif.

  10. 10L'assemblage de quelques parties d'un appareil quelconque est dit aisé, lorsque ces pièces peuvent un peu jouer les unes sur les autres, entrer facilement les unes dans les autres.

Remarque

Il est aisé (impersonnel) prend de avec l'infinitif : Il est aisé de voir. Cependant, au temps de Descartes, cela n'était pas constant : Mais aisé prend à devant un infinitif dans les autres cas, c'est-à-dire quand il n'est pas employé impersonnellement : Cela est aisé à faire ; homme aisé à vivre. Mme de Sévigné a dit aisé à, dans le sens de qui se laisse aller :

Synonymes

AISÉ, FACILE. Ils marquent ce qui ne coûte pas de peine. En ce sens ils sont à peu près synonymes, et il est difficile d'y saisir une nuance, malgré les efforts des auteurs pour en signaler. Une démonstration aisée, ou une démonstration facile ; cela est aisé à apprendre, ou cela est facile à apprendre, ne présentent pas de distinction bien sensible. Mais les distinctions deviennent manifestes dans les emplois dérivés : un habit est aisé, et non facile ; le cœur, le caractère, un homme, sont faciles, c'est-à-dire qu'ils inclinent à des actes d'indulgence et de bonté, et non aisés. Mais on dit également facile à vivre, et aisé à vivre. Une chose est aisée à croire, c'est-à-dire à être crue ; mais une personne est facile à croire, c'est-à-dire qu'elle croit facilement.

Étymologie

Participe de l'anc. franç. aiser, aisier, faciliter ; picard, aisié ; provenç. aisado ; angl. easy (voy. AISE).

2aise s. f. (ê-z')

  1. 1Sentiment de bien-être et de contentement. Ils avaient toute l'aise que la situation comportait. L'aise est vive et peut se manifester par des mouvements du corps. Tressaillir d'aise.

  2. 2État commode et agréable, liberté. Il est à son aise partout, comme s'il était chez lui.

    • J'étais là bien à mon aise pour mentir Chateaubriand, Itin. 209
    • Je me trouve fort à mon aise toute seule Mme de Sévigné, 222
    • Il est bien à son aise quand il est avec elle Mme de Sévigné, 580
    • Que j'en ai de vous voir belle et bien à votre aise Régnier, Sat. XII
    • Voilà les ecclésiastiques bien à leur aise Pascal, Prov. 6
    • À votre aise, elliptiquement, à votre commodité, quand vous voudrez.

    • Être mal à son aise, être indisposé.

      • J'étais mal à mon aise Mme de Sévigné, 359
      • Quand l'enfant pleure, il est mal à son aise J.-J. Rousseau, Ém. I
    • Être mal à son aise, être embarrassé. Devant lui il était mal à son aise.

  3. 3Mettre quelqu'un à son aise, l'encourager, dissiper sa timidité.

    • Le prêtre l'écoutait, le mettait à son aise J.-J. Rousseau, Ém. IV
    • Se mettre à son aise, pousser la familiarité jusqu'à l'oubli des convenances. Il se met à son aise partout, et nulle considération ne le gêne.

  4. 4Familièrement. N'en prendre qu'à son aise, travailler en son temps, ne faire que ce qui plaît.

  5. 5En parler à son aise, discourir de sang-froid des choses au succès desquelles on n'est pas intéressé.

    • Vous en parlez bien à votre aise Pascal, Prov. 2
    • Vous en parlez bien à l'aise Molière, Fem. sav. II, 9
    • À votre aise vous en parlez Molière, Prol. Amph.
    • Ce missionnaire fait son métier, il en parle bien à son aise Fléchier, Serm. II, 208
    • Elle lui dit qu'il en parlait fort à son aise Hamilton, Gramm. 10
  6. 6Être, vivre à son aise, être dans une situation de fortune modeste, mais heureuse.

    • Des louanges toutes pures ne mettent pas un homme à son aise Molière, le Bourg. G. I, 1
    • On ne vaut et l'on n'est heureux qu'autant qu'on se voit à son aise et bien pourvu Bourdaloue, Exhort. t. I, p. 465
    • L'argent est rare, c'est pour cela que les paysans sont à leur aise J.-J. Rousseau, Hél. I, 23
    • Celui qui travaille est aussi à son aise que celui qui a cent écus de revenu sans travailler Montesquieu, Esp. XXIII, 29
    • Voilà un homme bien riche, bien à son aise Mme de Sévigné, 608
    • Ceux qui sont mal à leur aise Pascal, Prov. 8
    • Il n'est malade que de trop d'aise, se dit d'un homme riche qui a de fréquentes incommodités.

  7. 7Paix et aise, doucement, commodément. Il n'a pas un grand bien, mais il vit chez lui paix et aise (vieux dans cette construction). Je ne demande que paix et aise.

  8. 8S. f. plur. Les commodités de la vie.

    • Dieu se contente de vous priver d'une partie de vos aises Fléchier, Serm. II, 203
    • Les petites règles qu'il s'est faites et qui tendent toutes aux aises de sa personne La Bruyère, II, 45
    • Elle nous prive du commode, c'est-à-dire des aises de la vie qui, quoique absolument permises, ne laissent pas de fomenter la rébellion de la chair Bourdaloue, Carême, t. I, p. 86
  9. 9À l'aise, loc. adv. Commodément, librement.

    • Mettre à l'aise, donner de l'espace. Les spectateurs étaient fort serrés ; on les mit à l'aise avec des bancs qu'on apporta.

    • Fig. L'expédient pour rendre intelligible un auteur si concis et étroitement enveloppé dans son style, c'est de mettre ses pensées plus à l'aise dans une juste étendue de discours.

    • À son bel aise, loc. adv. À son aise. La Fontaine a fait ici aise du masculin ; aise en effet a été longtemps d'un genre indécis ; mais aujourd'hui il est fixé au féminin ; et il ne faudrait pas employer cette locution de La Fontaine.

Remarque

Locution vicieuse : On ne peut pas avoir tous ses aises ; dites : on ne peut pas avoir toutes ses aises.

Synonymes

AISES, COMMODITÉS. Les aises disent quelque chose de voluptueux et qui tient de la mollesse. Les commodités expriment quelque chose qui facilite les opérations ou la satisfaction des besoins, et qui tient de l'opulence. Les gens délicats et valétudinaires aiment leurs aises. Les personnes de goût, et qui s'occupent, recherchent leurs commodités, GUIZOT.

Étymologie

Bressan, éso ; franc-comtois, aze ; bourguign. ase ; wallon, âhe ; namurois, auje ; provenç. ais ; anc. ital. asio ; ital. mod. agio ; anc. catal. aise ; portug. azo ; angl. ease ; anglo-sax. âdhe, eadhe, facile ; vieux sax. ôdhi, ôthi, facile ; gaél. âthais, adhais, aise ; corn. aizia, mettre à l'aise ; bas-bret. éaz, ez, aisé. Mot d'origine incertaine. On l'a rattaché au gothique azêts, aisé. Quant au basque, aisia, aisina, il paraît venir du provençal et non en être l'origine. En somme, il y a dans l'allemand et dans le celtique une racine adh, az, ais, qui est sans doute la source du mot roman.

3aise adj. (ê-z')

  1. 1Qui a de l'aise, qui est content. Combien il sera aise, en apprenant cette nouvelle ! Je suis aise que vous ayez réussi. Cela me rend fort aise.

    • Je suis aise que, veut le subjonctif : Il est bien aise que vous lui ayez écrit.

Synonymes

AISE, CONTENT. On donne aussi ravi comme synonyme ; mais ravi est un terme d'une bien plus grande énergie et sur lequel personne ne peut se tromper. Aise et content expriment tous deux un état qui affecte l'âme agréablement ; mais on aura une idée de la nuance qui les sépare en comparant ces deux exemples : Je suis content de mon sort ; je suis aise de mon sort ; le premier signifie que mon sort me satisfait et que je ne désire rien de plus ; le second signifie que mon sort me cause un sentiment de bien-être qui dépasse le contentement. Là est la distinction entre les deux termes, qui se manifeste aussi dans cette phrase : Je suis aise que vous soyez content de moi.

Étymologie

Provenç. ais (voy. AISE, s. f.).

Supplément

AISE. - ÉTYM. Ajoutez : M. Bugge (Romania, juill.-oct. 1875, p. 349) propose pour étymologie de ce mot d'origine obscure le latin ansa, anse, poignée, prise : « Asa, latin vulgaire, voy. Appendix Probi dans KEIL, Gramm. lat. IV, 198, 9 : ansa, non asa.... Le mot latin a aussi la notion de facilité, d'occasion, par ex. Plaute, Persa, IV, 4, 121 : quaerere ansam ut infectum faciat. Dans cette acception figurative, les langues romanes n'emploient pas le primitif ansa, mais un dérivé asium, féminin asia. Asium, asia est dérivé de asa, ansa, à l'aide du suffixe io, ia ; comparez le lat praesepium, de praesepe, occipitium, de occiput, etc.... Dans l'exemple : Jamais n'aurons tel aise de nos hontes vengier (XIIe s.), le sens du vieux français aise correspond à l'acception figurative du lat. ansa ; et de même le provençal aisina a la notion de facilité, d'occasion. M. Darmesteter a prouvé que le français aise avait signifié espace vide aux côtés de quelqu'un ; d'où les expressions être aux aises de quelqu'un, c'est-à-dire à côté de lui ; être à son aise, proprement avoir de la place pour remuer les bras (voy. Romania, I, 157). »

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander