1songé, ée part. passé (son-jé, jée)
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Qui a été objet de songe. Ce qui avait été songé durant le sommeil s'oublia au réveil.
Qui a été objet de songe. Ce qui avait été songé durant le sommeil s'oublia au réveil.
1Opérations irrationnelles des facultés intellectuelles en partie éveillées chez une personne qui dort.
N'est-ce pas à Dieu qu'il appartient de donner l'interprétation des songes ?Saci, Bible, Genèse, XL, 8
Mon songe m'est échappé de la mémoireSaci, ib. Daniel, II, 5
1er médecin : Faites-vous des songes ? - Pourceaugnac : Quelquefois. - 1er médecin : De quelle nature sont-ils ? - Pourc. : De la nature des songes ; quelle diable de conversation est-ce là ?Molière, Pourc. I, 11
Que quitte-t-on en quittant le monde ? ce que quitte celui qui, à son réveil, sort d'un songe plein d'inquiétudes ?Bossuet, Sermons, Oblig. de l'état relig. 1
Ce fut un songe admirable, de ceux que Dieu même fait venir du ciel par le ministère des anges, dont les images sont si nettes et si démêléesBossuet, Anne de Gonz.
C'est une chose assez ordinaire à certaines personnes d'avoir, la nuit, des songes assez vifs pour s'en ressouvenir exactement lorsqu'ils sont réveillésMalebranche, Rech. vér. II, 3, ch. dern.
La postérité éclairée pourra-t-elle le croire ? on a fait pendant plus de mille ans une étude sérieuse de l'intelligence des songesVoltaire, Dict. phil. Figure.
Les songes sont une grande partie de l'histoire ancienne, ainsi que les oraclesVoltaire, ib. Somnambules
Dans un de mes rêves je soupais avec M. Toulon, qui faisait les paroles et la musique des vers qu'il nous chantait ; je lui fis ces quatre vers dans mon songe : Mon cher Toulon, que tu m'enchantes Par la douceur de tes accents ! Que tes vers sont doux et coulants : Tu les fais comme tu les chantesVoltaire, ib. Somnambules, IV
Ce songe est beau [dans les Horaces], en ce qu'il alarme un esprit rassuré par un oracle ; je remarquerai ici qu'en général un songe ainsi qu'un oracle doit servir au nœud de la pièce : tel est le songe admirable d'AthalieVoltaire, Comm. Corn. Rem. Hor. I, 3
Je sais bien qu'un songe n'amène pas un événement ; mais j'ai toujours peur que l'événement n'arrive à sa suiteJ.-J. Rousseau, Héloïse, VI, 2
Fig.
Alors on dit [dans les brusques changements] : il me semble que je rêve ; car la vie est un songe un peu moins inconstant [que le songe ordinaire]Pascal, Pens. III, 14, édit. HAVET.
Il me semble que c'est un songe, que j'ai fait un songe, ou fig. c'est un songe, se dit pour exprimer que ce qui est arrivé ne paraît plus une réalité.
Tout ce que Termosiris m'avait prédit, et tout ce que j'avais entendu dans la caverne, ne me paraissait plus qu'un songeRacine, Tél. II
Fig. Est-ce un songe ? n'est-ce point un songe ? se dit pour exprimer qu'on croit à peine ce qu'on voit, ce qu'on entend.
2Fig. Fictions comparées à un songe auquel on se livre tout éveillé.
Il faut avoir absolument la tête vide pour faire des songes aussi creuxMirabeau, Lett. orig. t. III, p. 452
Faire de beaux songes, concevoir des espérances chimériques.
L'on fait, dans la vie, de si beaux songes, que c'est souvent perdre tout son bonheur que de s'apercevoir que ce sont des songesCOMTE DE CAYLUS, Acad. de ces dames, Œuvr t. XII, p. 92, dans POUGENS.
3Souvenir qui a laissé peu d'impression.
4Fig. Ce qui n'a pas plus de solidité, de réalité qu'un songe.
Elle vous dit par ma bouche que la grandeur est un songe, la joie une erreur, la jeunesse une fleur qui tombe, et la santé un nom trompeurBossuet, Mar.-Thér.
Voilà par quels plaisirs nous tâchons d'abréger le songe de la vie !Mme de Maintenon, Lett. à Mme des Ursins, 17 sept. 1714
Tu n'étais qu'un philosophe chimérique ; ta république n'était qu'un beau songeFénelon, Dial. des morts anc. (Platon, Denis le Tyran).
Ce qui fait la surprise et le désespoir du pécheur au lit de la mort, c'est de voir que le monde, en qui il avait mis toute sa confiance, n'est rien, n'est qu'un songe qui s'évanouit et qui lui échappeMassillon, Avent, Mort du péch.
La vie n'est qu'un songe ; nous voudrions bien, votre sœur et moi, rêver avec vousVoltaire, Lett. Mme de Fontaine, 8 janv. 1750
5Fig. Ce qui occupe l'esprit, sans avoir une réalité assurée.
De ces divisions nous est né ce prétendu règne de Christ, qui devait égaler tous les hommes, songe séditieux des indépendantsBossuet, Reine d'Anglet.
6Les Songes (avec une S majuscule), divinités qui présidaient aux songes, et qui, la nuit, pénétraient dans les demeures des hommes ; ils étaient les fils du Sommeil ; ils sortaient des enfers par deux portes, l'une d'ivoire qui donnait passage aux Songes vains, l'autre de corne qui donnait passage aux Songes véridiques.
Les Songes voltigeants fuyaient avec les ombresVoltaire, Henr. VII
7En songe, loc. adv. Pendant qu'on songe en dormant.
D'où vient qu'on fait quelquefois en songe des discours suivis et éloquents, des vers meilleurs qu'on n'en ferait sur le même sujet, étant éveillé ? que l'on résout même des problèmes de mathématiques ? voilà des idées très combinées qui ne dépendent de nous en aucune manièreVoltaire, Dict. phil. Imagination.
Le chien est à la chasse en songe, il aboie, il suit sa proie, il est à la curéeVoltaire, Dict. phil. Somnambules, III
Fig.
SONGE, RÊVE. Le langage physiologique distingue le songe du rêve, que confond le langage vulgaire. Quand, durant le sommeil, les sensations et la perception, la locomotion et la voix sont seules suspendues, tandis que les facultés morales et intellectuelles restent en exercice, il y a songe. Quand, les sensations étant suspendues, la voix et le locomotion ensemble ou une seule de ces fonctions continue à s'exercer en même temps qu'une ou plusieurs facultés cérébrales, il y a rêve.
Tous songes sont mensonges
, tout espoir riant nous trompe. Mal d'autrui n'est que songe
, on n'est non plus touché du mal d'autrui que d'un songe. Mal passé n'est qu'un songe
, quand un mal est passé, il ne touche plus.
Berry, sunge ; wallon, song ; provenç. somnhe, songe, somje, somni ; espagn. sueño ; ital. sogno ; du lat. somnium, de somnus (voy. SOMME 3).
Plante dont la racine est alimentaire (arum esculentum).
Île de la Réunion : Désignation des cultures ; vivres du pays : maïs, manioc, songes et patates douces,Marine et colonies, Tableaux de population, de culture, etc. p. 40
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1872-1877 · cliquer un vers pour le scander