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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Jeunes Croyances, 1867· II

IV. À M. Victor de Laprade

Jean Aicard· 14 quatrains, alexandrins, 56 vers

Devant les flots heureux‖ qui baignent les rivagesDe la douce Provence‖ où vous passiez un jour,Vous avez accordé‖ votre lyre, et ces plagesNous redisent sans fin‖ l’hymne de votre amour !

Au foyer maternel,‖ après un an d’absence,Libre écolier, j’allais‖ fêter ma liberté ;Sur les bords de la mer,‖ dans toute ma Provence,J’entendis votre chant‖ par les cœurs répété.

Je vis s’épanouir‖ vos vers pleins d’harmonie :Je moissonnai ces fleurs,‖ et je partis encor ;J’emportais un écho‖ de la mer infinie ;J’emportais un parfum :‖ j’ai gardé ce trésor.

Ah ! puisque vous aimez‖ cette rive fleurieOù le poëte ému‖ se sent plus près de Dieu ;Puisque vous la chantez‖ et qu’elle est ma patrie,Que votre âme s’allume‖ à son beau ciel en feu ;

Puisque vous désirez‖ vivre, mourir peut-être,Aux lieux dont votre amour‖ vous a nommé l’enfant,Poëte, permettez ;‖ permettez, ô mon maître,Que je vienne, exilé,‖ vous parler un instant !

Ô fils de mon pays,‖ veuillez être mon frère ;Mes yeux, jadis riants,‖ de larmes sont noyés :Je pleure mon exil‖ en songeant à ma mère,Et j’apporte mon cœur‖ débordant à vos pieds !

Bien des fois vous avez‖ consolé ma souffrance,Et je vous ai béni,‖ poëte, bien des fois,Car vous me ramenez,‖ tressaillant d’espérance,Au bord de mes flots bleus,‖ au fond de vos grands bois !

Vous donnez pour le ciel‖ des ailes à mon âme ;En chantant la Justice‖ et le Droit, ô penseur,De mes espoirs éteints‖ vous rallumez la flamme…L’enfant même a souvent‖ le doute au fond du cœur !

Quand la hache sonore‖ ébranle le vieux chêne,Je gémis avec vous‖ sur son funeste sort ;Si je songe avec joie‖ à notre vie humaine,Vous me faites comprendre‖ et célébrer la mort !

Pour toutes mes douleurs‖ vous avez une larme,Un mot qui me pénètre,‖ un mot harmonieux ;Votre luth murmurant‖ répand un divin charme,Et le sourire aux pleurs‖ se mêle dans mes yeux !

Le poëte est toujours‖ sensible à la paroleD’un cœur reconnaissant‖ qui lui dit : Oh ! merci,Chanteur, homme sacré‖ dont la voix me console,Laissez-moi vous aimer‖ et vous le dire aussi.

Laissez-moi vous aimer :‖ vous chantez la Nature ;Des vents dans les forêts‖ vous notez les concerts,Et vous en traduisez‖ l’ineffable murmure ;Dieu, comme le soleil,‖ resplendit en vos vers !

Laissez-moi vous aimer :‖ de ma chère patrieNous avez fait plus doux‖ le nom mélodieux ;On comprend, aux accents‖ de votre âme attendrie,Que votre muse, au front‖ étoilé, vient des cieux !

Votre muse est un ange‖ au manteau de lumière,Un esprit couronné‖ d’éternelles clartés ;Votre Génie, ô fils‖ pieux, c’est votre mère :Son luth est votre cœur ;‖ il vibre, et vous chantez !

Nîmes, janvier 1865.

Versification

Forme
14 quatrains (quatrains)
Rimes
14(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a rivages / plages féminine, classiqueb jour / amour masculine, classiquea d’absence / Provence féminine, classiqueb liberté / répété masculine, classiquea d’harmonie / infinie féminine, classiqueb encor / trésor masculine, classiquea fleurie / patrie féminine, classiqueb Dieu / feu masculine, classiquea peut-être / maître féminine, classiqueb l’enfant / instant masculine, classiquea frère / mère féminine, classiqueb noyés / pieds masculine, classiquea souffrance / d’espérance féminine, classiqueb fois / bois masculine, classiquea âme / flamme féminine, classiqueb penseur / cœur masculine, classiquea chêne / humaine féminine, classiqueb sort / mort masculine, classiquea larme / charme féminine, classiqueb harmonieux / yeux masculine, classiquea parole / console féminine, classiqueb merci / aussi masculine, classiquea Nature / murmure féminine, classiqueb concerts / vers masculine, classiquea patrie / attendrie féminine, classiqueb mélodieux / cieux masculine, classiquea lumière / mère féminine, classiqueb clartés / chantez masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Jeunes Croyances, Paris, Alphonse Lemerre Éditeur, 1867· numérisation wikisource.org· Sources