À l’amie perdue, 1896· V Les rêveries
XIII. « À combien peu de vous, hélas ! il est donné »
À combien peu de vous, hélas ! il est donné,Ô femmes, que le sort saisit et qu’il rudoie,Et dont l’âme, meurtrie en s’ouvrant, se reploieEn un chagrin muet, pensif et résigné,
De sentir un amour chèrement incarné,Et de porter, avec une ineffable joie,Un enfant convoité que tout votre être choieAvant même qu’il ait dans vos flancs frissonné ?
L’amour de vos enfants naît sur votre poitrine,C’est en les allaitant que vous devenez mères,Et leurs chairs jusqu’alors vous étaient étrangères ;
Votre maternité n’en est que plus divine !Mais qui de vous ne songe, en ses heures amères,Au fils plus tôt aimé que votre cœur devine ?
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources