À l’amie perdue, 1896· V Les rêveries
V. « Aux piliers qui portaient le toit, chaque volute »
Aux piliers qui portaient le toit, chaque voluteLaissait pendre des fleurs aux coins des chapiteaux,Et les marbres brillaient dans l’éclat des flambeauxQu’une rose parfois traversait de sa chute ;
Une femme jouait, sur une double flûte,Un air lent que coupaient en incertains lambeauxCes mots redits sans cesse : « Avant les noirs tombeaux,Aimons ! sachons saisir la fuyante minute ! »
Ses deux bras nus levés pour tenir l’instrument,Elle jouait debout dans sa tunique étroite,Rien d’elle ne bougeait, sinon sa main adroite
Sur l’ivoire animé s’ouvrant et se fermant ;Et l’air se remplissait, comme un cœur qui convoite,De ce conseil d’amour et de cet air charmant.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources