À l’amie perdue, 1896· VIII Le deuil
XXIII. « Comme on s’assied au bord d’un lac sombre dont l’onde »
Comme on s’assied au bord d’un lac sombre dont l’ondeReçoit le long reflet de bois chargés d’horreur,Sans songer à la source invisible et profonde,Qui, naissant sous ses eaux, lui donne sa noirceur.
Parfois je ne connais que ma propre douleur,Sans que ton souvenir un instant s’y confonde ;Je crois que c’est de moi, de moi seul, de mon cœur,Que sort tout ce regret infini qui m’inonde,
Sans qu’aucun autre flot vienne s’y marier ;Et je t’oublie alors ou semble t’oublier !Mais, surpris tout à coup que mon âme contienne
De quoi fournir sans cesse à ce chagrin immense,Je deviens attentif, et je sens ta souffranceSourdre confusément tout au fond de la mienne.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources