À l’amie perdue, 1896· VIII Le deuil
XXIV. « Que je sois le premier par la Mort entraîné »
Que je sois le premier par la Mort entraîné,Mes yeux déjà voilés toujours tournés vers toi,Et mon être expirant, où la chaleur décroit,Refusant de périr, à t’aimer obstiné ;
Ou que, sans avoir pu marcher dans ton convoi,J’aille auprès de ta tombe, en secret prosterné,Portant mon amour fier et jamais profané,Y verser la douleur qu’il fait saigner en moi ;
L’un de nous restera dans la vaste lumière,Et criera, vers l’absent en son étroit asile,Son deuil, ses pleurs, son cœur à jamais solitaire.
Mais celui qui glacé dormira dans l’argileGardera sans émoi son repos immobile,Car aucun bruit humain ne retentit sous terre.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources