À l’amie perdue, 1896· VIII Le deuil
XIII. « Je m’en suis venu seul revoir notre vallée »
Je m’en suis venu seul revoir notre vallée ;Elle est déserte, elle est muette, c’est l’hiver.Dans ses bois dépouillés comme elle est désolée !La crête des coteaux dans le brouillard se perd ;
Les talus ont à peine un peu de gazon vert ;La petite rivière au flot vif est gelée ;La cascade est un bloc de glace amonceléeSous son vieux pont de bois, de givre recouvert ;
Les oiseaux sont blottis ; seul un martin-pêcheur,Venu près du moulin chercher une eau courante,S’envole : des corbeaux traversent le ciel froid ;
Nul bruit que le fusil éloigné d’un chasseur ;Déjà le soir étreint de tristesse navranteLe paysage nu qui semble plus étroit.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources