À l’amie perdue, 1896· VII Le sacrifice
VII. « Je vois à ta pâleur et tu vois à la mienne »
Je vois à ta pâleur et tu vois à la mienneQue nous avons compris tous les deux quel devoir,Révélé par ce mot, vient de frapper l’espoirQue ma vie, à la fin, s’unirait à la tienne.
Il le faut accepter d’un courageux vouloir !Que le commun orgueil de notre amour soutienneNos cœurs, dans ce suprême effort pour recevoirL’angoisse qui s’ajoute à notre angoisse ancienne !
Ce noble amour, qui sut vivre sans défaillanceDans l’assidu désir qu’il a toujours vaincu,Par ce rapide éclair de malheur convaincu
Qu’il ne saurait durer que par sa déchéance,Sous le renversement de sa longue espérance,Doit mourir noblement ainsi qu’il a vécu.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources