À l’amie perdue, 1896· I La floraison
L. « L’Amour nous a conduits auprès d’un puissant fleuve »
L’Amour nous a conduits auprès d’un puissant fleuve,Qui fait couler ses flots entre deux bords divers :La rive où nous marchons est celle de l’Épreuve,Aucune fleur ne croit sur ses terrains déserts,
Que des chardons de sable à demi-recouverts,Et des saules pareils à des voiles de veuve ;La rive du Bonheur, qui rit d’orangers vertsOù le fruit mûr se mêle à la fleur toujours neuve,
Brille en face de nous comme un proche décor.Et son riche parfum, par souffles, nous arrive.Mais sur ces froids rochers notre vie est captive ;
Tant que nous atteignions le repos de la mort,Nous suivrons attristés et lassés notre rive.Sans trouver le passeur qui mène à l’autre bord.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources