À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XLIX. « Parfois aux premiers temps, chère âme, où je t’aimais »
Parfois aux premiers temps, chère âme, où je t’aimais.Je pensais : « Si je meurs, peut-être aimera-t-elle ?Un jeune oiseau peut-il ne pas ouvrir son aile,Un jeune cœur peut-il se fermer pour jamais ?
Qui donc la blâmerait, lorsque les tièdes MaisLa solliciteront vers la vie immortelle,D’obéir à leur voix, étant robuste et belle ? »Ainsi des plus lointains rêves je m’alarmais.
Mais maintenant je sais que je puis disparaître :Tu ne saurais aimer, désormais, malgré moi,Mon patient amour a pénétré ton être,
Et pour l’éternité je suis maître de toi ;Car je vis dans ton cœur, ton sang et ton cerveau,Et je te défendrais contre un amour nouveau.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources