À l’amie perdue, 1896· VII Le sacrifice
XI. « L’autel où nous pensions fonder notre bonheur »
L’autel où nous pensions fonder notre bonheurEst devenu pour nous l’autel du sacrifice.Faut-il, accomplissant un redoutable office,Que nous venions verser, sous la même pâleur,
Le sang de nos deux cœurs dans le même calice,Présenter sur ce marbre une même douleur,Et le frapper de fronts baignés de la sueurDe la suprême angoisse et du dernier supplice !
Devant ce Christ d’argent qui dans l’ombre étincelle,Comme un rayon lunaire au fond d’un firmamentQu’envahit peu à peu la mort universelle,
Viens donc, ô pauvre femme, échanger le serment.Le baiser héroïque et déchirant qui scelleCet hymen des adieux et du renoncement.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources