À l’amie perdue, 1896· VII Le sacrifice
X. « Nous voici seuls tous deux dans l’église déserte »
Nous voici seuls tous deux dans l’église déserte ;Nous nous sommes glissés, comme des malfaiteurs,Par le portail obscur et la porte entr’ouverte,Dans l’ombre, où les vitraux éteignent leurs lueurs.
Tu as voulu que ta détresse fût soufferte,Ton bonheur immolé, ton cœur brisé, tes pleursVersés comme un parfum, ton agonie offerte,Là même où tu pensais monter parmi les fleurs.
Que tout soit fait selon tes vœux, ô bien aimée !Mais, avant que devant ton Dieu soit consomméeL’offrande d’un amour qui consent à mourir
Quand il sait qu’il aurait défié les déclins,Va jeter, en pleurant, au tronc des orphelinsLes anneaux d’or sacrés qui devaient nous unir.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources