À l’amie perdue, 1896· II Au bord des flots bleus
III. « La mer d’un bleu plus froid est déjà sans soleil »
La mer d’un bleu plus froid est déjà sans soleil,Mais tous ses caps rougis en sont encor frappés,Et prolongent au loin, dans un éclat pareil,Leurs profils successifs nettement découpés ;
Quelques hauts rochers gris en îlot attroupés,Assombris à leur pied, ont leur sommet vermeil ;Et, là-bas, deux voiliers très blancs passent trempésD’une lumière molle ; on sent que le sommeil
S’élève dans les airs naguère étincelants ;Les derniers batelets gagnent, en faisant rame.Le port où çà et là quelque vitre s’enflamme ;
Par le sable désert nous rentrons à pas lents,Et nous sentons finir et s’éteindre en notre âmeCe beau jour qui se meurt sur les flots nonchalants.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources