À l’amie perdue, 1896· I La floraison
I. « Les marronniers mettaient leurs premiers bourgeons verts »
Les marronniers mettaient leurs premiers bourgeons vertsDans le blanc ciel d’Avril aux ombres inquiètes,On vendait les derniers bouquets de violettes,Le Printemps s’échappait des noirs mois entr’ouverts,
Quand les premières fois je la vis. À traversLes dessins emmêlés de ses sombres voilettes,Je lus, d’un seul regard, les souffrances secrètesEt les longs désespoirs, dans ses yeux doux et fiers.
Ma pitié s’attacha par des rêves tremblantsA la triste inconnue ; et lorsque je l’aimai,L’Été allait ouvrir le temps des fleurs écloses,
On vendait les premiers bouquets de jeunes roses,Et dans l’azur uni du calme ciel de MaiLes marronniers mettaient leurs derniers thyrses blancs.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources