À l’amie perdue, 1896· V Les rêveries
XV. « Les premières amours sont des essais d’amour »
Les premières amours sont des essais d’amour,Ce sont les feux légers, les passagères fêtesDe cœurs encor confus et d’âmes imparfaites,Où commence à frémir un éveil vague et court.
Pour connaître l’amour suprême et sans retour,Il faut des cœurs surgis de leurs propres défaites,Et dont les longs efforts et les peines secrètesOnt, par coups douloureux, arrêté le contour.
Il n’est d’amour réel que d’âmes achevées,D’âmes dont le destin a fini la sculpture,Et qui, s’étant enfin l’une l’autre trouvées,
Se connaissant alors dans leur pleine stature,Échangent gravement une tendresse sûre,Et des forces d’aimer par degrés éprouvées.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources