À l’amie perdue, 1896· V Les rêveries
XVI. « Ah ! détestez l’erreur toujours inassouvie »
Ah ! détestez l’erreur toujours inassouvieDe vouloir pénétrer vos passés jusqu’au fond,Amants, ô douloureux amants au pâle front !Vous n’en retirerez que l’incurable envie
De savoir des secrets dont vos bonheurs mourront ;Dans le présent étroit ayez l’âme asservie,Acceptez-vous tous deux tels que vous fit la vie,Aimez-vous en vos sens et vos cœurs tels qu’ils sont ;
Échangez vos baisers sans songer que vos lèvresAvec une autre bouche ont connu d’autres fièvres,Et que vos corps se sont unis à d’autres corps ;
Car peut-être ce sont l’ivresse, les remords,Et jusques aux regrets des amours consommés,Qui vous ont créés tels que vous vous entr’aimez !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources