À l’amie perdue, 1896· IX L’acceptation
II. « Les vieux soldats romains, lorsque dans la cité »
Les vieux soldats romains, lorsque dans la citéIls passaient en montrant leur poitrine meurtrie,Ne la découvraient point pour leur propre fierté,Mais ainsi qu’un trophée offert à la patrie.
Ces marques n’étaient point pour conter leurs exploitsIls n’en avaient l’orgueil que comme d’une offrandeDont ils avaient dépôt durant leurs jours étroits,À la gloire de Rome, auguste, sainte, et grande.
Ainsi faut-il que toi tu portes ta blessure,Non pour ton propre honneur, mais bien comme un hommageÀ l’amour tout-puissant pour qui tu fus frappé,
Pour qui ton cœur saignant de pourpre fut drapé,Et qui daigne laisser paraître un témoignageDe son culte immortel sur ta poitrine obscure.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources