À l’amie perdue, 1896· IX L’acceptation
III. « Dans la salle où je vis, dont la large fenêtre »
Dans la salle où je vis, dont la large fenêtreLaisse voir les flots gris et roulants de la mer,Et la plage déserte où pleure un vent d’hiver,À l’heure où, dans la nuit qui vient, tout s’enchevêtre,
Je suspends mon travail et fixe longuement,Dans ses ors embrunis, le portrait où persisteL’anxieuse lueur d’un regard tendre et triste.Il me suit, mais bientôt, dans l’envahissement
Cruel, inexorable et froid du crépuscule.Semblant presque mouillé de larmes, il recule ;Et c’est comme un adieu déchirant chaque soir.
Alors pensif, le coude au bord de mon pupitre,Et le front dans la main, je contemple, sans voir,Les constellations qui tremblent sur la vitre.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources