À l’amie perdue, 1896· VIII Le deuil
IV. « Mouette solitaire et plaintive perdue »
Mouette solitaire et plaintive perdueEn tes cercles sans fin où tu sembles captive,Quel espoir dans les airs te retient suspendue ?Ou suis-tu quelque joie à jamais fugitive ?
Sur la crête d’un flot à peine descendue,Tu repars. Que fuis-tu, pauvre bête craintive,Dans ce vol incessant de ton aile éperdue,Qui toujours se reprend et qui jamais n’arrive ?
Tout le jour, ton corps gris traverse le soleil,Toute la nuit, ton cri, que le vent répercute,Hante le douanier assoupi dans sa hutte ;
Tu voles d’un lent vol, toujours, toujours pareil,Tant qu’épuisée enfin et morte dans ta chute,Tu tombes dans la mer et l’éternel sommeil.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources