À l’amie perdue, 1896· VIII Le deuil
V. « Le soleil est tombé dans les flots ; une barre »
Le soleil est tombé dans les flots ; une barreDe lourds nuages gris qui pèsent sur la merS’allonge à l’horizon, et lentement s’empareDu ciel où disparaît un reflet pâle et vert.
Un âpre vent se lève, annonçant que l’hiverAvec ses ouragans et ses froids se prépare ;La houle dure a pris une teinte de fer,Sauf où blanchit un flot qui se dresse et s’effare.
Sur l’immense surface où tombe la nuit froide,Égaré, seul, perdu, flotte un canard sauvage ;Tantôt, battant de l’aile, il lève son cou roide
Comme pour voir au loin, puis inquiet il nage,Ou plonge et reparaît pour se dresser encore ;Les siens l’ont oublié ; la mer se décolore.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources