À l’amie perdue, 1896· VI Devant les vagues grises
XIII. « Notre amour a vécu de tant de sacrifices »
Notre amour a vécu de tant de sacrifices,Il a tant immolé de désirs et d’espoir,Il a derrière lui laissé tant d’édificesOù sur le banc de marbre il avait cru s’asseoir,
Repris tant de chemins sous de nouveaux cilices,Conduit tant de matins aux tristesses du soir,Cueilli tant de douleurs dans le champ des délices,Tant vu sans arriver, tant voulu sans pouvoir,
Et devant lui s’étend une si longue grève,Menaçante, blafarde, à la joie interdite,Et dont le sol méchant de rocs mornes se crève,
Que si, de la nuée où la clarté palpite,Une voix nous criait : « Votre bonheur se lève ! »Nous nous regarderions pris de terreur subite.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources