À l’amie perdue, 1896· VI Devant les vagues grises
XIV. « Sans doute notre amour ne vainc pas le destin »
Sans doute notre amour ne vainc pas le destin,Nous demeurons soumis à toute la souffranceOù l’homme va buttant de son pas incertain ;Le Malheur ne connaît ni faveur ni clémence.
Et nous savons aussi, qu’un jour, proche ou lointain,Fera de cet amour une âpre souvenance,Dont l’un de nous vivra dans son chagrin hautain ;Le Trépas ne connaît ni faveur ni clémence.
Mais nous aurons du moins fait face à la douleurAvec des cœurs plus forts du nœud qui les rassemble ;Nous aurons quelquefois eu des fêtes de cœur,
Beaux éclairs où le ciel un instant luit et tremble ;Et nous aurons tenté, ma bien-aimée, ensembleUn essai courageux et noble de bonheur.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources