À l’amie perdue, 1896· VI Devant les vagues grises
VI. « Nous étions arrivés, le soir, dans le vieux port »
Nous étions arrivés, le soir, dans le vieux portAux toits rouges et bas et rongés par l’embrun,Qui s’épaulent entre eux, tassés dans un coin brunDe falaise, vieux port gardé par un vieux fort.
Il faisait doux ; la mer était à moitié basse,De pourpres flaques d’eau reluisaient sur la grève,Et, sur le petit môle, on voyait, comme un rêve,Des ombres qui balaient en chantant à voix lasse.
Dans un ciel encor clair et semé de nuages,Se dessinaient le mât, la vergue, les cordages,Et les boules d’osier ajouré du signal
Qui dresse sa tour blanche au bout de l’estacade ;Et, sur l’échelle en fer qui regarde la rade,Se hissait lentement le feu vert d’un fanal.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources