À l’amie perdue, 1896· VI Devant les vagues grises
VI. « Au bord du quai désert nous vînmes nous asseoir »
Au bord du quai désert nous vînmes nous asseoir,Sans presque nous parler, et ta main dans la mienne ;Nous écoutions la mer, sous la chute du soir,Se plaindre sur la grève à présent incertaine :
« Les vagues en sanglots disent leur désespoirAux rochers loin desquels le reflux les entraîne ;Elles ne pourront plus, jamais plus les revoir ;D’autres vagues viendront vers eux à la mer pleine ;
Elles se traînent loin du rivage effacé ;Écoute quel chagrin presque humain les tourmente,Et quel adieu gémit dans leur cri dispersé ! »
Je te sentis trembler dans les plis de ta mante,Je soulevai ton front obstinément baissé.Tu sanglotais aussi, triste, ô si triste amante.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources