À l’amie perdue, 1896· VII Le sacrifice
I. « Nous pensions à la fin avoir fléchi le sort »
Nous pensions à la fin avoir fléchi le sort,Et qu’il serait clément à notre longue attente ;Parfois le vent d’orage a mené jusqu’au portL’esquif longtemps battu sur la houle méchante.
Et déjà nous formions des projets moins lointainsD’un bonheur qui serait autre chose qu’un rêve ;Et nous voyions sortir de nos jours incertains,Comme on voit un verger quand la brume se lève,
Des heures qui pouvaient encor donner des fleurs,Et l’espace doré d’un automne paisible ;Déjà le souvenir pâli de nos malheurs
Perdait son amertume et prenait les douceursQue donne au cœur assis dans sa joie impassibleLa mémoire d’un temps qui fut sombre et terrible.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources