À l’amie perdue, 1896· VI Devant les vagues grises
XX. « Une tempête souffle, et sur l’immense plage »
Une tempête souffle, et sur l’immense plageS’appesantit un ciel presque noir et cruel,Où s’obstine le vol grisâtre d’un pétrel,Qui le rend plus funèbre encore et plus sauvage ;
Un tourbillon de sable éperdu se propageVers un horizon blême où tout semble irréel ;Il traîne sur la dune un lamentable appelFait du courroux des vents et de cris de naufrage ;
Les joncs verts frissonnants sont pâles dans la brume ;Sous le morne brouillard qui roule sur la mer,Bondit, hurle et s’écroule un tumulte d’écume ;
Et dans ce vaste deuil qu’étreint ce ciel de fer,Nous sentons dans nos cœurs l’indicible amertumeDe nos baisers d’adieu flagellés par l’hiver.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources