À l’amie perdue, 1896· VI Devant les vagues grises
XVIII. « Nous suivions les flots gris, mélancolique amie »
Nous suivions les flots gris, mélancolique amie,Les longs flots gris plaintifs, dont la voix s’atténueQuand le soir sur la mer pose son accalmie ;Un soleil d’or pâli que barrait une nue,
Glissant aux plis plus lents de la houle blêmie,Touchait quelques gazons sur la l’alaise nue ;Nous suivions des longs flots l’écume continue,L’écume des flots gris, mélancolique amie.
Tu disais les douceurs de cette âme que j’aime,Ton âme où le bonheur garde un air de tristesse,Ton âme endolorie et grave, où l’espoir même
Sait qu’il ne tiendra pas son entière promesse,Ton âme résignée à sa haute sagesse,Et dont ce soir d’or pâle était vraiment l’emblème.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources