À l’amie perdue, 1896· VI Devant les vagues grises
XIX. « La nuit froide descend : l’immense baie est vide »
La nuit froide descend : l’immense baie est vide ;Dans ses sables brunis brillent des lignes d’eau ;Sur le ciel clair encor d’une clarté livideSe dressent les mâts noirs et penchés d’un bateau ;
Au sommet de la digue où le sentier nous guide,Un berger sombre emmène un indistinct troupeau,Et parfois, à nos pieds, le glissement rapideD’une bête de nuit épouvante un roseau.
Nous prenons le chemin qui par le bois abrège ;Dans la noirceur, qui semble encor plus s’obscurcirSous les deux phares dont le feu vient de jaillir,
La moindre lueur prend l’air menaçant d’un piège ;Et j’aime ces retours qui te font mieux sentirQue je suis près de toi et que je te protège.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources