À l’amie perdue, 1896· III Dans les monts
IX. « O quelle solitude en ce grand val perdu »
O quelle solitude en ce grand val perdu !Ainsi qu’un long fil d’or tiré de la quenouilleDu Temps, les jours passaient sans rien d’inattendu ;Ils furent le ciel clair que trop de soleil brouille
Ces jours de pur bonheur où tout est confondu ;Nous avions oublié nos noirs pays de houille,Et ce fut dans nos cœurs un réveil éperduQuand un chêne rougit de sa première rouille.
Nous revenions le soir, lorsque tu me dis : « VoisCette feuille de chêne ! » et soudain nous comprimes,Car la même pensée altéra notre voix.
Puis, les yeux pleins de pleurs, sans parler, nous cueillîmesCe rameau qui marquait la fin de nos beaux mois,Tandis que le soleil se mourait sur les cimes.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources