À l’amie perdue, 1896· VII Le sacrifice
XIII. « Par nos premiers regards sous les verts marronniers »
Par nos premiers regards sous les verts marronniers,Par nos premiers aveux dont mon cœur encor tremble ;Par nos premiers baisers, et ces baisers derniersOù notre amour passé pour mourir se rassemble ;
Par les sentiers, les bois, les coteaux, les glaciers,Par les plages des mers qui nous ont vus ensemble,Par tant d’instants profonds et de jours familiersQui font que mon esprit à ton esprit ressemble ;
Par ce rayon qui vient animer sur sa croixCe Dieu de la souffrance humaine auquel tu crois,Et par mon honneur d’homme, ô chère âme, je jure
Que je t’aime, que ma tendresse est grande et pure,Que l’angoisse sans fond de ce soir la mesure,Et que c’est par amour que je renonce à toi !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources