À l’amie perdue, 1896· VII Le sacrifice
XIV. « Ah ! reste dans mes bras ! Je ne vois pas tes yeux »
Ah ! reste dans mes bras ! Je ne vois pas tes yeux,Mais ils trempent de pleurs le baiser qu’ils reçoivent,Intarissables pleurs, pleurs que mes lèvres boivent,Qui tombent sur mon âme en ruisseau douloureux ;
Je ne vois pas les yeux noyés qui les conçoivent,Mais quel regard vaudrait l’adieu mystérieux,Tiède encor de ton sein, que tu me dis par eux,Ces yeux qu’aiment les miens pour l’amour qu’ils leur doivent ?
Ce sont eux, si pensifs déjà, qui m’ont jadis,Sous des cieux par les vents printaniers agrandis,Révélé, malgré toi, ta première tendresse ;
Et ce sont eux encore, en ce soir de martyre,Qui m’apportent, du fond de ton cœur, ta détresseQue ta bouche serait impuissante à me dire.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources