À l’amie perdue, 1896· VI Devant les vagues grises
IV. « Parfois, lassés de vivre en cette vie austère »
Parfois, lassés de vivre en cette vie austère,Dans le pesant caveau des lois et des devoirs,Où des anneaux d’airain enchaînent nos vouloirs,Où notre amour attend le mot qui le libère,
Ainsi que des captifs qui laissent leurs espoirsS’échapper loin des murs où leur corps désespère,Nous allons, quand aucun souffle léger n’altèreLa limpide beauté des soirs, des divins soirs,
Nous allons, attristés et muets, sur la grève,Et nous laissons, gagnés d’un insensible rêveHors des réalités rigides et claustrales,
Nos âmes s’envoler, libres et nuptiales,Aux jardins azurés où le lis d’or se lève.Quand le ciel se fleurit de ses fleurs sidérales.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources