À l’amie perdue, 1896· VI Devant les vagues grises
III. « Ferme le livre, amie, où nous venons de lire »
Ferme le livre, amie, où nous venons de lire ;Nos cœurs sont jusqu’aux bords emplis de sa beauté,Qui consacre un amour longuement tourmenté,Et dans nos deux esprits frémit la même lyre.
La douceur de ces vers dans ce doux soir respire,Soir de mélancolie et de sérénité,Tendu de lilas pâle et d’azur argenté ;La même flamme en nous brûle comme une myrrhe.
Viens, marchons du côté où le soleil s’abaisseVoilé par des vapeurs ainsi qu’un ostensoir ;Il va dans ce beau ciel mourir avec noblesse.
Comme un cœur qu’un devoir fier et douloureux blesseAinsi saignent nos cœurs ! Viens, allons nous asseoirDans les prés veloutés par les rayons du soir.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources