À l’amie perdue, 1896· V Les rêveries
III. « « Prenez ces deux enfants qui dorment d’un sommeil »
« Prenez ces deux enfants qui dorment d’un sommeilOù persistent encor les poses de l’amour,Et, sans les séparer, portez-les dans la tour,Sous un dais de velours incarnat et vermeil.
Puis vous rassemblerez, dès le premier soleil,Leurs parents ennemis, et si, pour le plein jour,Ils n’ont pas abjuré leurs querelles autourDu lit où ces beaux corps attendent le réveil,
Vous tuerez ces amants du même coup d’épée.Qu’une commune mort enlacés les enlèvePlutôt qu’un âpre sort n’interrompe leur rêve !
Dans le même linceul avec leurs corps drapéeVous ensevelirez la lame de ce glaive.Qui d’aucun autre sang ne doit être trempée. »
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources