À l’amie perdue, 1896· V Les rêveries
II. « Où s’en vont tous ceux-ci qui marchent en pleurant »
Où s’en vont tous ceux-ci qui marchent en pleurant ?Ceux-ci, qui vont serrant les poings, poussant des râles ?Ceux-ci, joignant les mains en un geste implorant ?Et ceux-ci, un couteau dans le flanc, froids et pâles ?
Ceux-ci, qui radieux sourient en soupirant ?Ceux-ci, qui vont dansant et frappant des cymbales ?Et ceux-ci, qui s’en vont chantant et respirantDes fleurs dont derrière eux ils sèment les pétales ?
Leur cortège inconstant se transforme sans cesse ;Ceux qui semblaient navrés sont saisis d’allégresse,Et ceux qui semblaient gais sont navrés à leur tour.
Où s’en vont-ils ? — Porter le grand tribut de larmes,De transports, de tourments, d’extases et d’alarmes,Vers le trône éternel où réside l’Amour.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources