À l’amie perdue, 1896· V Les rêveries
VIII. « Que la lampe d’argent, témoin de nos amours »
Que la lampe d’argent, témoin de nos amours,D’amours que leur ardeur a faits divins et courts,Brûle dans le sépulcre où maintenant reposeTon corps dont le destin fut celui de la rose ;
Qu’à travers les barreaux de fer sombres et lourdsQui dessinent ton nom en croisant leurs contours,Elle brille à jamais ; et qu’aucune main n’oseY toucher, que la main qui de l’huile l’arrose ;
Pour que, dans des milliers de siècles, quand l’éveilDe tous les endormis brisera ton sommeil,Tes yeux, par leur azur d’autrefois ranimés,
Retrouvent, en s’ouvrant, un doux éclat pareilÀ celui qu’ils voyaient quand ils se sont fermés,Et que ton cœur s’attende à nos baisers aimés.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources