À l’amie perdue, 1896· II Au bord des flots bleus
VI. « Si l’on dressait encor, suivant l’antique rite »
Si l’on dressait encor, suivant l’antique rite,Au Dieu qui favorise, au Héros qui secourt,L’offrande par laquelle un cœur mortel s’acquitteD’un instant fortuné, fût-il fragile et court,
Au fond de cette crique où le flot clair s’abrite,Où pendant tout un jour s’abrita notre amour,Je viendrais consacrer à Vénus AphroditeUne stèle de marbre au doux et pur contour,
Et, sous les mots votifs et la double colombe,Je voudrais qu’on gravât mon nom auprès du tien,Afin, lorsque nos corps seront pris par la tombe,
Qu’il reste un souvenir de notre amour ancien,Et que ceux qui vivront sur ce bord enchantéUnissent nos deux noms et sachent ta beauté.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources