À l’amie perdue, 1896· II Au bord des flots bleus
V. « Faut-il déjà partir ? En cette anse isolée »
Faut-il déjà partir ? En cette anse isolée,Où le flot confiant sommeille comme un hôte,Nous bercions notre peine un instant consoléeD’un bonheur que ce jour en s’éloignant nous ôte.
Demain nous reprendrons notre vie exilée,Suivons vers le hameau le chemin de la côte,El laisse-moi fixer dans mon âme troubléeCe soir d’une beauté pacifiante et haute :
Derrière un cap couvert de pins, le soleil sombre ;La mer déjà moins bleue en longs plis d’or se plisse ;L’abeille a délaissé les buissons de mélisse ;
Les grands monts presque éteints rendent le vallon sombre ;Et sur la route blanche où la lumière glisse,Le moindre des cailloux allonge aussi son ombre.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources