À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XLVI. « Si mon amour n’est point l’amour que tu rêvais »
Si mon amour n’est point l’amour que tu rêvais,S’il a failli d’atteindre au faîte de ce rêve,Si ton souhait de cœur par dessus lui s’achève,S’il n’est point le rayon des jours bons ou mauvais.,
S’il n’enveloppe point l’horizon de tes vœux,S’il reste, dans son cercle immense de tendresse,Un seul point entr’ouvert par lequel apparaisseUn azur plus lointain où t’entraînent tes yeux ;
Dis-le ! je jetterai de ma main le poème,Et je m’en irai, par un sentier sans retour,Portant, dans cet exil que son poids fera court,
La consolation et la fierté suprêmeDe t’avoir, en partant, montré que mon amourÉtait digne d’aimer comme tu veux qu’on aime.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources