À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XLVII. « Je ne t’ai point connue au bourgeon de ton âge »
Je ne t’ai point connue au bourgeon de ton âge,Alors que tes seize ans éblouissaient les yeux,Quand ton rire éclatait, clair, frais, pur et joyeux,Comme un chant d’alouette un matin sans nuage ;
Mais j’ai vu dans sa fleur ton noble et doux visage,Grave comme un camée antique, et sérieux,Avec son air profond de regarder les cieux :Et mon cœur désormais suivra ta chère image ;
Car tu traverseras les beautés successivesQue la vie, en son cours, garde aux faces pensivesDont le sourire est triste et les jeux consolants :
Tes traits mûris auront des accents fiers et lents.Puis la sérénité des saisons plus tardives,Va je te verrai belle avec des cheveux blancs.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources