À l’amie perdue, 1896· VII Le sacrifice
III. « Si nos cœurs en avaient l’égoïste courage »
Si nos cœurs en avaient l’égoïste courage,Nous pourrions fuir ensemble, et cacher notre amour,Parmi les monts neigeux, on sur un chaud rivageQui ceint les flots d’azur de son calme contour ;
Il nous serait aisé, perdus dans un vieux bourgBâti au bord d’un lac en un nid de feuillage,Ou dans le brun hameau de quelque claire plage,De faire à notre exil un paisible séjour.
Là je pourrais enfin, tous mes vœux exaucés,Te voir, te posséder, te garder, t’adorer,Vivre dans ton regard, ton sourire, et tes bras,
Sentir sous ce bonheur nos chagrins effacés,Et, comme un voyageur brûlant, désaltérerCette âpre soif de loi qui brûle mon cœur las.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources