À l’amie perdue, 1896· VII Le sacrifice
IV. « Mais je n’oserais pas te parler de ce rêve »
Mais je n’oserais pas te parler de ce rêve !Mon cœur, même à l’instant qu’il semble s’en bercer,Le rejette et le brise avant qu’il ne l’achève,Indigné d’avoir pu seulement le penser.
Puis-je te demander, hélas ! sans offenserCet amour qui n’est grand que parce qu’il élèveNos deux esprits unis, heureux de surpasserCe qu’ils auraient été sans sa puissante sève,
Puis-je te demander d’oublier la maisonOù tes enfants en pleurs chercheraient ta présence,Et grandiraient pâlis par ton long abandon,
Jusqu’à ce que, troublés dans leur jeune innocence,Devinant vaguement ce qu’ignore l’enfance,Ils cessent brusquement de prononcer ton nom ?
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources